.
AnalyseNewsSite

Rudi Garcia, un jour sans fin

Version contre version. Hier, sur le plateau d’OL Night System, Juninho a pris le temps de répondre point par point aux reproches effectués par Rudi Garcia à son encontre dans l’Équipe. Alors que l’ancien entraîneur de l’OL l’accusait, entre autres, de trop marcher sur ses plate-bandes de coach, de bouder lorsque les recrues brésiliennes n’étaient pas dans le onze de départ et de manquer d’expérience, le directeur sportif de l’OL a surtout appuyé sur la personnalité de l’ancien entraîneur de l’OM et son incapacité à se remettre en question. Comme Garcia avait déjà la réputation de mal terminer ses histoires dans les clubs par lesquels il est passé, Planète Lyon a souhaité mettre en parallèle les déclarations de Juninho avec la manière dont se sont passés ses départs de l’AS Roma et de l’Olympique de Marseille. Certains points communs retiendront forcément l’attention des supporters lyonnais.

Rudi Garcia, version Roma (2013-2016)

Totalement effondrée après sa défaite en finale de la Coupe d’Italie face à la Lazio de Rome (1-0), c’est une Roma bien mal en point que rejoint Rudi Garcia en juin 2013. L’ambiance est très pesante au sein du club de la Louve, et personne n’ose imaginer les voir titiller, dès la saison suivante, une Juventus de Turin qui survole totalement la Série A à l’époque. Pourtant, un effet Garcia semble se produire immédiatement dans la capitale italienne, puisque ses joueurs obtiennent dix victoires de rang lors des dix premières journées (meilleur début de saison de l’histoire du championnat italien). « Il a commencé par dix victoires d’affilée, il a redressé la situation sportive compliquée. Il a toujours eu une bonne relation avec les supporters, avec Francesco Totti. Il a imprimé un style particulier à l’équipe, tirant profit des qualités de ses joueurs. » commentait le journaliste Alessandro Carducci, rédacteur en chef de Voce Giallorossa, sur le site de FootMercato en février 2020.

Terminant deux fois deuxièmes (2014 et 2015) derrière la Juve, et alors que certains l’annoncent comme potentielle cible du Real Madrid pour succéder à Carlo Ancelotti, Garcia s’embarque dans une troisième année à la Roma. La fameuse année de trop : « Puis il y a eu des choses qui ont changé. Le club a pris un nouveau préparateur physique, ce qui lui a fait perdre un peu d’autorité au sein du vestiaire ».

Ce qu’a dit Juninho sur le plateau d’OLNS : « C’est vrai que je ne l’ai pas laissé choisir les joueurs au mercato, mais c’est mon boulot. Et ça, je pense qu’il n’avait pas l’habitude de ça. »

Lors de sa troisième saison à la Roma, malgré des résultats convenables à la mi-saison (à 5 points de la Juve et toujours qualifié en C1), les dirigeants romains commencent à se lasser de la méthode du champion de France 2011. En janvier 2016, estimant qu’avec Garcia « l’écurie dérivait, elle semblait perdue », le propriétaire du club Gialorosso James Palotta se sépare du natif de Nemours et le remplace par Luciano Spaletti. Au mois de décembre de la même année, il se félicitait très clairement de cette décision sur le site du club : « Ça a été une décision assez facile à prendre, même si en interne, certains pensaient qu’on devait attendre la fin de la saison, explique le patron du club italien. Nous restions sur onze matchs sans victoire alors que nous avions une bonne équipe. Je sentais que les joueurs étaient en train de couler mentalement. Si nous n’avions pas fait quelque chose, nous n’aurions eu aucune chance d’être dans le top 5 et encore moins de nous qualifier pour la Ligue des champions. » Voir un entraîneur se faire licencier pour de mauvais résultats, rien d’original. La suite des déclarations du président romain est en revanche beaucoup plus dirigée vers la personnalité de Rudi Garcia : « J’aurais dû le faire plus tôt. J’avais déjà vu beaucoup de signes l’année précédente (…) Garcia manquait de passion dans sa façon de parler, sa stratégie, sa tactique et la façon dont il préparait les joueurs. Durant les entraînements, il ne parlait presque jamais de stratégie et tactique. Peut-être que ce n’est pas important dans d’autres pays, mais c’est le cas en Italie. »

Ce qu’a dit Juninho sur le plateau d’OLNS : « Rudi, il a un manque total de confiance en lui et du coup il veut toujours montrer qu’il est beau, qu’il est costaud, s’il peut parler et se voir dans la télé, il est content. Il est vraiment froid, humainement, il a pas de sentiments pour les gens autour et si tu n’en as pas, tu as du mal à comprendre. »

C’est aussi à Rome que Rudi Garcia s’est taillé la réputation d’entraîneur cherchant toujours des excuses, notamment celles en lien avec l’arbitrage. En octobre 2014, lors d’une défaite à Turin (3-2), l’ancien entraîneur du Mans ne s’était pas retenu au moment de mimer un violon pour signifier à l’arbitre tout le mal qu’il pensait d’une de ses décisions. « Le violon est resté dans le placard lorsque j’ai quitté l’Italie. J’étais instinctif, je voulais défendre mon équipe contre ce que je pensais mal. Mais ce sont des choses qui se produisent sur le terrain. Ma Roma gagnerait-elle le Scudetto avec la VAR ? Je ne sais pas » osait encore Garcia dans les colonnes du Corriere Dello Sport en février 2020. Une manière de se dédouaner à laquelle ne goûteront pas non plus les supporters marseillais.

Rudi Garcia, version OM (2016-2019)

En octobre 2016, trois jours après l’officialisation du rachat du club par le milliardaire américain Franck McCourt, Franck Passi est prié de céder sa place à Rudi Garcia sur le banc marseillais, premier entraîneur du fameux “OM Champions Project”. L’ancien entraîneur de l’OL commence d’ailleurs par un match nul encourageant lors du “classique” face au PSG au Parc des Princes (0-0). Malgré le retour de Dimitri Payet et les arrivées de Morgan Sanson et Patrice Evra lors du mercato hivernal, ses joueurs alternent finalement le bon et le moins et terminent à la cinquième place, synonyme d’Europa League la saison suivante.

Cette Europa League 2017-2018 est le point d’orgue du parcours de Garcia à l’OM. Partis du troisième tour qualificatif face au modeste club belge du KV Oostende, les Marseillais disputent pas moins de 18 matchs avant de se retrouver en finale au Groupama Stadium (!) face à l’Atlético Madrid. Finalement défaits (3-0) par les coéquipiers d’Antoine Griezmann, la plupart des supporters n’oublient pas cette performance de Garcia lorsqu’il entraînait leur club. « On va évidemment retenir la finale de Ligue Europa, atteinte avec un fond de jeu médiocre mais avec une grinta énorme ! On le remercie pour ça, mais il n’a été bon qu’un an sur deux saisons et demie. » se souvenait Nicolas, abonné à la tribune Ganay de l’Orange-Vélodrome, sur le site de 20 Minutes en octobre 2019.

Comme à la Roma, c’est lors de la troisième saison que les choses vont se gâter pour Garcia. Avec trois champions du monde dans son effectif (Mandanda, Rami et Thauvin), et malgré une prolongation de son contrat jusqu’en 2021, l’ancien entraîneur du LOSC va perdre petit à petit l’adhésion de son groupe et se mettre unanimement le public marseillais à dos. Symptôme d’une communication interne vacillante, sa relation avec Dimitri Payet illustre la détérioration des relations avec son vestiaire : « Je n’oublie pas l’année de la Coupe d’Europe. Mais ce fut difficile après et nos rapports se sont détériorés. Je ne l’oublie pas non plus. Je parle de mon cas personnel. Il y a eu des moments plutôt chauds, une communication qui ne passait plus, des prises de tête. J’ai un caractère assez fort, ça n’aidait pas non plus. On ne s’est pas séparés en bons termes on va dire. » lâchait le Réunionnais en conférence de presse en novembre 2019. Même si Payet n’a pas la réputation d’être un joueur facile à gérer, la réponse de Garcia un an plus tard dans un reportage sur la Chaîne l’Équipe semble valider sa difficulté à conserver une cohésion de groupe dans la durée : « Si ça (les critiques, ndlr) arrive a posteriori, passez-moi l’expression, mais le joueur n’a pas de couilles. Il faut venir dire les choses en face quand c’est le moment de le dire. Quand, parfois, il y a eu des difficultés avec mes résultats et mes équipes, il y a des joueurs qui ont été grands. Parce que s’ils n’étaient pas d’accord, on échangeait. Celui qui ne dit rien, c’est que c’est un sournois et que ce n’est pas un mec franc du collier. »

Ce qu’a dit Juninho sur le plateau d’OLNS : « J’ai trouvé qu’avec Bruno (Guimarães), il a commencé à perdre confiance. Il m’a dit qu’il trouvait qu’il avait commencé à baisser son niveau et j’ai dit que c’était normal comme ça ne faisait pas longtemps qu’il était là. Pendant les séances vidéos, il a commencé à critiquer Bruno, mais seulement Bruno. Ce n’est pas bien. Tous nos milieux sont forts et complémentaires. Il ne sait pas gérer. »

La dernière saison de l’ère Garcia à Marseille se termine avec une 5ème place, et est également marquée par la pathétique élimination en 32ème de finale de la Coupe de France face au club d’Andrézieux-Bouthéon FC (National 2). Malgré deux années de contrat restantes, Rudi Garcia prend les devants en annonçant son départ de l’OM en conférence de presse : « J’ai décidé de partir ! J’ai proposé cette décision à mon président qui l’a acceptée. Si j’écoutais ma détermination et mon caractère je resterais, mais si j’écoutais le bon sens et la raison, c’est bien d’arrêter l’aventure maintenant. Parce que je crois énormément en ce projet porté par des gens remarquables. Pour le bien de ce projet, c’est mieux de se séparer maintenant. ». Une (fausse) déclaration d’amour qui ressemble étrangement au message d’adieux qu’il a laissé sur Twitter au moment de quitter l’OL… Avant de pratiquer la fameuse politique “de la terre brûlée” évoquée par Jean-Michel Aulas sur Twitter.

L’objectif de cet article n’est pas de prendre à partie un homme qui a connu également des réussites (montées en L1 avec Dijon en 2004 et Le Mans en 2007, titre de champion de France 2011 avec Lille) au cours de sa carrière d’entraîneur. Il permet simplement d’établir des parallèles avec différents passages de l’interview de Juninho sur le plateau de Barth Ruzza, à partir d’éléments factuels tirés de ses deux expériences précédant l’OL. Il convient en revanche de saluer les qualités d’analyse de Yoann Cabaye, bref consultant de feu Téléfoot la chaîne sur laquelle il déclarait : « Il arrive à concerner tout son groupe sur une certaine période, mais ensuite c’est vrai que par rapport à ce qui s’est passé dans les saisons précédentes, on peut voir qu’à chaque fois c’est difficile pour lui de finir une histoire dans les clubs. Je ne sais pas pourquoi ça se termine souvent comme ça mais c’est vrai qu’à Lille ça ne s’est pas très bien fini, à la Roma non plus. On va voir comment ça se termine à l’OL… Mais sa carrière montre que ça ne se termine pas souvent bien dans les clubs. » Nous étions alors en novembre 2020, bien loin d’imaginer que nous allions vivre les secousses actuelles.

Pour commander le nouveau numéro de Planète Lyon, ça se passe ici.
Pour s’abonner à Planète Lyon, ça se passe ici.
Pour commander les anciens numéros de Planète Lyon, ça se passe ici.

Articlés liés

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page

Pour lire cet article en intégralité,
n’hésitez pas à commander le numéro concerné !