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[20 ans de la Coupe de la Ligue 2001] – Interview de Philippe Violeau : “Un déclencheur dans l’Histoire de l’OL”

Associé avec Romain Battiston (le fils de Patrick) dans leur cabinet Battiston Violeau & Associés, Philippe Violeau (50 ans) semble savourer son nouveau métier de conseiller en gestion de patrimoine. Mais avant de gérer la fortune des autres, l’ancien milieu de terrain défensif a pris le temps d’inscrire à jamais son nom dans l’Histoire de l’Olympique lyonnais. Titulaire en finale de la Coupe de la Ligue face à Monaco (2-1, a.p.) et buteur lors du match du titre face au RC Lens l’année suivante (3-1), Violeau représente parfaitement ces joueurs de l’époque, pas forcément stars mais avec de réelles valeurs, et qui ont vécu l’inexorable montée en puissance de l’OL de l’intérieur. Entretien.

Planète Lyon : Bonjour Philippe, très heureux de pouvoir célébrer cet anniversaire en votre compagnie. Avant cette fameuse finale face à Monaco, il y a eu une demi-finale. Vous souvenez-vous de cette qualification à Gerland face à Nantes (3-2) ? La pelouse avait notamment été envahie par les supporters… 

Philippe Violeau : Oui je m’en souviens, effectivement. La réaction des supporters était certainement liée au fait que tout le monde attendait de pouvoir se rendre au Stade de France. Cela faisait des années que le public lyonnais était sevré de grands évènements. L’engouement était donc très fort, dès la demi-finale. Je pense qu’il s’agit de l’un des premiers envahissements de Gerland de notre ère (à chaque titre de champion de France conquis, les supporters lyonnais vont prendre l’habitude d’envahir la pelouse, ndlr).

N’était-il pas risqué de fêter à ce point une qualification alors qu’il restait une finale à jouer ?

C’est toujours un risque, mais nous avions un groupe relativement mature. Je dirais plutôt que ça nous a motivés et confortés dans nos possibilités. Quand vous savez que vous avez toute une ville derrière vous, ça fait du bien.

Pour la plupart des joueurs lyonnais, il s’agissait d’une grande première au Stade de France (inauguré en 1998)… Comment se sent-on au moment de fouler la pelouse des champions du monde et d’Europe en titre ?

On avait déjà eu la chance de s’imprégner de l’enceinte la veille. Comme toujours, chaque équipe a le droit à son temps d’entraînement sur la pelouse pour s’habituer aux lieux. Mais je ne vous cache pas que cela restait impressionnant : très peu d’entre nous avaient eu l’occasion de jouer dans des stades aussi grands. La pelouse était magnifique, les vestiaires immenses… Même à vide, cette enceinte donnait la chair de poule.

Marco Simone, Marcelo Gallardo, Rafael Marquez, Christian Panucci, Martin Djetou, Ludovic Giuly, Shabani Nonda… Elle ne faisait quand même pas rire cette équipe de Monaco !

C’est clair, nous étions loin de partir favoris… Les Monégasques étaient champions de France en titre et disposaient de nombreux internationaux. On ne faisait franchement pas les malins. Après, lorsqu’on joue une finale, on sait que tout va se décider sur un match : c’est presque du 50-50. En tout cas, nous étions montés à Paris avec cet état d’esprit là et la volonté de jouer crânement notre chance. Regardez Calais en Coupe de France l’année précédente… Si la logique était respectée dans le football, ça se saurait !

Patrick Müller a marqué trois buts à l’OL en deux passages au club (2000-2004 et 2006-2008), Cláudio Caçapa huit en sept saisons et demi (2000-2007)… Comment expliquer que, bien souvent dans ce genre de matchs, ce ne sont pas ceux qu’on attend qui font la différence?

J’ai souvent tendance à dire : “à événement exceptionnel, performance exceptionnelle”. Je pense qu’on peut appliquer cette règle au titre de champion de l’année suivante : je marque face au RC Lens (3-1, 34ème journée) alors que je n’ai pas marqué beaucoup de buts non plus (11 en 269 matchs avec l’OL, ndlr) … C’est vrai que dans un match comme ça, on aurait plus attendu des Sonny (Anderson) ou des Sidney (Govou). Je pense que cela rajoute de la folie aux événements lorsque le buteur n’est pas celui qu’on attend.

Cláudio Caçapa ouvre le score d’un but peu académique… L’avez-vous chambré sur le moment ou après le match ?

Sur le moment, on n’a pas vraiment le temps de chambrer. On en a beaucoup rigolé après, mais sur le moment c’est la joie qui l’emportait. Puis il fallait très vite se reconcentrer, on était bien loin de la fin du match. On voulait s’accrocher à ce but d’avance, tout en continuant à jouer.

Arrive cette fameuse 118ème minute et le but de Patrick Müller qui offre la victoire à l’OL… Quels sont vos souvenirs des deux minutes qui ont suivi le but et qui précédaient le coup de sifflet final ?

Quand Pat’ marque à deux minutes de la fin, je me souviens vraiment m’être dit que ça ne pouvait plus nous échapper. Il y avait en réalité 4 à 5 minutes à jouer, en comptant le temps additionnel… Il aurait vraiment fallu nous marcher dessus pour parvenir à nous mettre un but dans ce laps de temps.

Et Stéphane Bré siffle le coup de sifflet final. Lyon est enfin libéré, après 28 ans sans titre. Quels sont vos souvenirs des premiers moments de fête juste après le coup de sifflet final ?

La folie dans les tribunes au moment du but de Patrick (Müller) déjà, car je pense qu’il y avait beaucoup plus de Lyonnais que de Monégasques (40 000 Lyonnais avaient fait le déplacement à Saint-Denis, ndlr). Sur le banc de touche, on ne tenait plus personne, ça sautait dans tous les sens. Et puis l’explosion au coup de sifflet final, tout le monde se prend dans les bras. Que ce soit dans les tribunes ou sur la pelouse, il y a un moment d’euphorie qui est absolument extraordinaire.

Pouvez-vous citer des coéquipiers dont vous étiez proches et avec lesquels vous étiez particulièrement heureux de fêter ce premier trophée lyonnais depuis 1973 ?

Franchement tous, ce groupe vivait vraiment très bien. Il s’agissait vraiment d’une communion collective. On a forcément plus d’affinités avec certains. Je citerais les joueurs arrivés plus ou moins en même temps que moi comme Christophe Delmotte, Gregory Coupet, David Linarès, Florent Laville… 

Au moment de la remise de la Coupe, Sonny Anderson avait été chercher Florent Laville, capitaine historique et blessé pour cette finale. Était-ce préparé à l’avance ?

Non pas du tout. Par superstition, on aime pas préparé ce genre de choses à l’avance. Le malheureux Florent n’avait pas pu disputer cette finale alors qu’il avait fait une saison remarquable. C’était vraiment un taulier lyonnais de l’époque. Il était assez naturel de l’associer au moment de soulever la Coupe.

Dans un article paru sur RMC Sport, Jacques Santini expliquait que Patrick Müller, en raison d’une soirée arrosée comme il se doit, n’était pas au rendez-vous le lendemain matin pour prendre le bus et rentrer sur Lyon… Quels sont vos souvenirs de cette nuit de folie à Paris ?

Après la remise de la Coupe, une petite réception était organisée en l’honneur des vainqueurs. Nos proches et tout le personnel du club étaient également présents. Nous nous sommes ensuite tous rejoints en boîte de nuit, et à partir de là, tout le monde a commencé à s’éparpiller dans Paris… Et le matin effectivement, au petit-déjeuner comme au moment de monter dans le bus, notre bon Patrick avait disparu. Quand il est réapparu, nous étions déjà partis (rires).

La légende dit qu’un troisième bus aurait été affrété spécialement pour lui. Vous confirmez ?

Je ne sais plus exactement comment cela s’est passé mais un bus, je ne pense pas… Je dirais plutôt qu’il est monté dans un taxi et qu’il a fini par rattraper le bus en cours de route, ce qui nous a fait beaucoup rire.

Et vous arrivez finalement à Perrache, où vous êtes accueillis en héros. Racontez-nous ces scènes de liesse.

C’était la folie absolue. La ville attendait ce trophée depuis si longtemps… Mais même nous, on ne s’attendait pas à un tel engouement. Est-ce qu’on se l’interdisait pour ne pas se mettre une pression supplémentaire ? Mais franchement, j’ai été vraiment surpris. De Perrache jusqu’à l’Hôtel de Ville, c’était vraiment exceptionnel.

Par rapport à la mauvaise image qu’avait la Coupe de la Ligue aux yeux de nombreux supporters, n’est-il pas surprenant pour un joueur de constater qu’en la gagnant, on assiste à une fête digne d’une victoire en C1 ?

C’est vrai que cette Coupe de la Ligue n’a jamais eu une très grande notoriété. Mais ça reste un trophée, et quand vous avez été sevrés de trophée pendant 28 ans, vous prenez. Et puis l’équipe se portait bien depuis plusieurs années, cette Coupe venait quelque part concrétiser le travail des années précédentes L’attente générale était tellement importante, il n’est pas si surprenant d’avoir assisté à une telle fête à Lyon ensuite.

A ce sujet, vous déclariez à nos confrères de RMC Sport : “Les adversaires commençaient à nous craindre, donc on se disait qu’un titre allait arriver à un moment ou à un autre“. L’arrivée de l’OL au sommet vous semblait-elle inéluctable ?

On venait de faire deux fois 3èmes (1999 et 2000) et une fois 2èmes (2001), on se disait effectivement que la victoire allait arriver un jour. Et puis, tous les ans on voyait arriver des recrues de qualité, qui n’avaient pas de difficulté à s’intégrer au groupe. On sentait bien que la montée en puissance était réelle. En 2001, on fait deuxièmes et on ramène une coupe : ça fait quand même une très belle saison. Je pense que c’est à partir de là que les observateurs ont admis qu’il allait falloir compter sur l’Olympique lyonnais parmi les favoris et ce, dès le début de saison.

Quelle importance donnez- vous à Jacques Santini dans la conquête de cette Coupe de la Ligue, mais également dans la conquête du premier titre l’année suivante ? Vous avez d’ailleurs disputé votre dernière saison en pro (2005-2006) à ses côtés à Auxerre.

C’est un coach que j’ai beaucoup, beaucoup aimé. Contrairement à l’image qu’ont de lui les gens à l’extérieur, c’est quelqu’un qui communique énormément à l’intérieur d’un groupe. Il parlait énormément avec tous les joueurs, et je dis bien tous les joueurs : du numéro 1 au numéro 25, tout le monde avait son temps de parole et était reçu si besoin. Je salue également ses qualités de tacticien. J’ai vraiment apprécié travailler avec lui. Les séances d’entraînement étaient variées, il nous poussait à la réflexion.

Vous pensez qu’il aurait aimé continuer à la tête de l’OL après le premier titre de 2002 ?

Quelque part, je pense que cela aurait été bien qu’il poursuive l’aventure. Mais c’est un métier tellement exigeant… S’il a choisi de passer la main, c’est qu’il en avait certainement besoin aussi.

Vingt ans après, quelle place donnez-vous à cette victoire en Coupe de la Ligue dans l’Histoire globale de l’OL ? Et par rapport aux sept titres qui vont suivre ?

C’est effectivement un déclencheur dans l’Histoire de l’OL… Quand on vient de faire deux fois troisièmes, une fois deuxièmes et qu’on remporte une coupe, l’étape d’après semble être de gagner le championnat. Cela aurait pu se passer 2-3 ans plus tard, mais encore une fois, il y a eu cette irrésistible montée en puissance et nous avons su surfer sur cette vague. Je pense que cela constitue effectivement le point de départ de tout ce qui a suivi.

Crédit photo : OL.

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