.
Coup de belinHistoireNewsSite

[20 ans de la Coupe de la Ligue 2001] – Jacques Santini, à jamais le premier

L’Histoire est ainsi faite. Cette Coupe de la Ligue désirée par tout le peuple lyonnais, tout comme le premier des sept titres de champion de France d’ailleurs, n’a pas été ramenée par par un Gone pur jus… Mais un ancien Vert de la grande époque des années 70 ! D’abord directeur technique du club, Jacques Santini (69 ans) a été l’entraîneur de l’OL entre 2000 et 2002. Le temps pour lui d’aller chercher deux titres primordiaux, début d’une belle et longue série. Homme de principes, le parcours de “Jacquot” n’a pas été un long fleuve tranquille à l’OL. Entre embrouilles avec certains joueurs avec qui le courant ne passait pas, et agrandissement progressif du fossé qui le séparait des dirigeants du club, l’ancien sélectionneur des Bleus (2002-2004) a certainement un souvenir légèrement acide de sa fin au sein du club rhodanien. Mais les supporters n’oublieront jamais que Jacques Santini a notamment contribué au premier trophée du club depuis 1973.

Un Vert dans la fosse au Lyon

Dans son livre Nos années en Vert, Jean-Michel Larqué passe en revue les joueurs clés de l’époque et un passage est nécessairement consacré au Jacques Santini joueur, chez qui l’ancien acolyte de Thierry Rolland voyait du Andrea Pirlo. Flatté par la comparaison, l’intéressé expliquait dans So Foot en 2018 que la réalité était en fait bien plus compliquée, une grosse blessure ayant coupé sa carrière en deux : « De 1971 à août 1973, j’avais gagné ma place au sein du milieu stéphanois, malgré la concurrence et je m’apprêtais à être sélectionné en équipe de France par monsieur Kovač. J’étais plutôt un numéro dix, dans un 4-3-3 au milieu très offensif. Je marquais beaucoup de buts à l’époque. Mais la blessure m’a fait perdre un peu de puissance et de vivacité, donc je me suis retrouvé dans des zones où marquer n’était pas une priorité. Et je suis tombé avec Larqué et plus tard Platini, des garçons qui ne laissaient que des miettes pour les coups francs et les penaltys, alors qu’avant, je marquais surtout sur coup de pied arrêté. » Quadruple champion de France et double vainqueur de la Coupe de France, Santini fait incontestablement partie des joueurs ayant participé à ce que nous appelons communément la “grande époque” des Verts. Étonnant donc de le voir accepter de rejoindre l’OL en 1997, alors qu’il a également coaché dans le Forez, entre 1992 et 1994.

Ce deuxième passage a malheureusement détérioré sa relation avec l’ASSE, ou celle avec les dirigeants de l’époque tout du moins. Accompagné d’Elie Baup dans son staff, “Jacquot” voit rouge lorsqu’il voit son poulain à casquette prendre sa succession sur le banc stéphanois : « Élie Baup m’a fait un enfant dans le dos comme on dit. Il a voulu jouer sa carte personnelle en me sacrifiant aux yeux des dirigeants et futurs dirigeants de l’époque. » racontait-il toujours à So Foot en 2018, avant d’expliquer qu’il n’y aurait pas de pardon sans un premier pas de Baup. Quand j’ai fait des fautes par le passé, c’était moi qui faisais le premier pas. Il ne l’a jamais fait et pense qu’il a eu raison de me faire ça, mais c’est sa vie. D’ailleurs, il a de la chance, il est à beIN. Je me demande ce qu’il faut faire pour être à l’antenne comme le font certains. » Peu de remords donc pour Santini à l’heure de prendre la route et faire les 50 km séparant Saint-Étienne de Lyon.

« Lors de mes deux années comme entraîneur à Saint-Étienne, peu de gens m’avaient aidé et beaucoup s’étaient réjouis de mon départ. Ça m’a servi de motivation lorsque j’ai préparé l’équipe avec Bernard Lacombe. » A l’été 2000, après quatre ans passés sur le banc rhodanien, Lacombe décide de rendre son tablier et souhaite retrouver sa casquette de directeur sportif. Le poste est alors proposé au directeur technique du club, qui finit par accepter : Jacques Santini est désigné nouvel entraîneur de l’OL pour les deux saisons à venir. « Cette réputation de personnage buté et rancunier ne lui correspond pas. Il est têtu, c’est évident, mais il n’est pas obtus. Quand il a tort, il sait le reconnaître. » Défendu par son vieil ami Bernard Lacombe dans les colonnes du Parisien en août 2002, certains joueurs lyonnais ne vont que très peu goûter aux méthodes du Franc-Comtois.

Un homme de principes

Une première incompatibilité de caractères va très vite apparaître entre le coach lyonnais et le milieu Vikash Dhorasoo. Autoritaire avec ses joueurs, Santini a la réputation de garder une certaine distance avec eux, et de se justifier assez rarement dans ses choix. De son côté, le joueur d’origine mauricienne a tendance à afficher une certaine nonchalance depuis ses débuts professionnels. Passionné par le ballon, il l’est beaucoup moins par ses collègues et tous les à-côtés (mises au vert, dîners d’après-match…) qui font pourtant partie intégrante de la vie d’un footballeur. Cette différence est revendiquée par l’intéressé, estimant qu’il navigue dans un monde qui ne lui ressemble pas. Cette attitude détachée va revenir en pleine face de l’international français (18 sélections). Alors que son entraîneur le soupçonne de choisir ses affiches, l’ancien Milanais va dépasser les bornes en s’embrouillant avec Grégory Coupet, l’un des cadres de Santini. A l’été 2001, Dhorasoo est envoyé en prêt un an du côté des Girondins de Bordeaux et ne fera donc pas partie de l’équipe sacrée pour la première fois de l’Histoire de l’OL.

A la même période, un autre joueur peu apprécié par Santini est dans l’attente. Il s’agit de Tony Vairelles, sous contrat avec l’OL depuis 1999, mais dont le sort semble avoir été scellé par le coach rhodanien. « Le président a répété qu’il comptait sur moi. Bernard Lacombe m’a demandé de jouer avec la réserve demain pour retrouver le rythme des matchs. Seul le coach refuse de me redonner une chance. » déclarait Tony “la talonnade” au Parisien en août 2001. Déjà prêté à Bordeaux lors de la deuxième partie de saison 2000-2001, l’ancien joueur du RC Lens refuse d’abdiquer et se montre prêt à mettre Lyon dans une situation assez inconfortable : « Si on ne veut pas de moi, qu’on me le dise clairement. Mais attention, je ne partirai pas n’importe où. Je ne suis pas pressé. Alors que Lyon n’a pas intérêt à payer un joueur pour ne pas l’utiliser. Cependant, je crois que la situation n’est pas figée. Et d’ici à un ou deux mois, bien des choses pourraient avoir bougé. Je n’ai pas renoncé à jouer à Lyon. Et à m’imposer. » L’affaire se réglera en fin de mercato avec un prêt de l’attaquant au Sporting Club de Bastia.

Les relations entretenues par l’ancien entraîneur de l’OL avec ces deux joueurs illustrent assez bien le caractère de Santini. Homme de principes, plutôt inhibé en public, l’ancien sélectionneur des Bleus peut être qualifié d’homme “à l’ancienne”. Ce qui pourrait être interprété comme de la rigidité est en fait guidée par une valeur centrale : le respect. « Ce que mon père, ma mère et ma grand-mère paternelle italienne m’ont inculqué, c’est le respect, ce qui existe de moins en moins. C’est pour ça que je suis parfois en bisbille avec mes enfants. Le respect à l’école, bonjour monsieur l’instituteur, des choses comme ça. On a beau me dire qu’il faut évoluer, j’ai toujours eu du mal à m’y faire. » reconnaissait l’intéressé sur le site du magazine So Foot. Si certains considéreront sa manière de fonctionner comme dépassée, ses résultats à l’OL parlent plus que jamais pour lui.

Le précurseur

« Le coach nous avait dit que la qualification restait possible. Il ne voulait pas qu’on parte dans tous les sens. Jacques Santini nous répétait qu’on aurait des possibilités, qu’il ne fallait pas perdre espoir, encore moins s’agacer. Ça m’avait marqué. » En 2017, le département Sports du Figaro interrogeait les principaux protagonistes du mythique Lyon – Bruges (3-0) de 2001, match qualifiant l’OL pour le tour suivant de la Coupe de l’UEFA, malgré la lourde défaite (4-1) concédée au match aller. Sonny Anderson, auteur d’un retentissant triplé, est resté marqué par la positivité de son coach « “Si vous êtes solides et que vous ne prenez pas de buts, on pourra se qualifier “, nous disait-il. On devait être solide, costaud et gagner les duels. Chacun doit faire son boulot. Le discours était ultra-positif. »

Autre fait d’arme du coach Santini : être celui qui a lancé Sidney Govou. « Je signe pro avec mon ami Roland Viera. J’ai 21 ans à ce moment-là, l’OL commence à avoir un effectif assez pléthorique et la question se pose de me prêter en Ligue 2 ou ailleurs pour avoir du temps de jeu. Jacques Santini me laisse prendre la décision. Comme je venais de signer quatre ans, je me suis dit que même si mon temps de jeu n’était pas très important, je préférai rester pour progresser à Lyon. L’idée était de faire une saison et de voir ensuite. Puis tout s’enchaîne favorablement pour moi. » recontextualisait le Sid’ en 2017 dans les colonnes d’Olympique & Lyonnais. Un premier but inscrit face à Auxerre à Gerland, un retentissant doublé face au Bayern Munich (3-0) au mois de mars et une présence sur le banc lors de la finale de la Coupe de la Ligue à Monaco : grâce à Santini, la fusée Govou est en train de réussir un décollage magistral. Dans la lignée de son club formateur.

Lors de la première saison en première division de Jacques Santini, l’OL termine second, à 4 petits points du FC Nantes de Raynald Denoueix. Malgré le titre de meilleur buteur obtenu par le capitaine Sonny Anderson (22 buts), les Gones ne parviennent jamais à devancer les Canaris, malgré une fin de saison en boulet de canon. « On parle souvent du finish des Lyonnais sur les saisons et c’est un peu ce qu’on a fait cette année-là, se rappelait Patrick Müller pour RMC Sport en juillet 2020. On a vraiment cru qu’on allait gagner ce titre mais Nantes n’a rien lâché. » Il ne reste alors plus que les coupes nationales pour permettre à l’Olympique lyonnais d’enfin soulever son premier trophée depuis 1973.

Rendre à Jacquot ce qui appartient à Jacquot

C’est le FC Nantes que les Lyonnais retrouvent en demi-finale de Coupe de la Ligue justement. Menés 2-1 après 10 minutes de jeu à Gerland, les Gones s’arrachent en deuxième mi-temps et ce sont Sonny Anderson et Pierre Laigle (pour un doublé) qui permettent aux supporters lyonnais de tamponner leur billet direction le Stade de France, pour la première fois de l’Histoire du club (avant l’inauguration du Stade de France, les finales de coupe et les matchs de l’Équipe de France étaient disputées au Parc des Princes, ndlr). « La veille du match, on avait pu s’entraîner là-bas et le découvrir, racontait Jacques Santini à RMC Sport. Je savais ce que ça pouvait représenter pour les joueurs, d’autant qu’on avait quelques jeunes. J’avais parlé de deux choses : savourer ces moments, le Stade de France, la finale, et le fait qu’elle allait être pour nous. » L’OL n’a pas encore disputé le match que ses supporters voient déjà leurs joueurs soulever la coupe : ceux présents à Gerland envahissent la pelouse pour célébrer cette qualification historique, à la manière d’un titre conquis.

Avant cette finale, le coach lyonnais décide d’emmener ses joueurs en stage dans l’Hérault. « On avait passé trois-quatre jours en stage vers La Grande-Motte. Cette finale était vraiment devenue l’objectif. » racontait l’ancien coach lyonnais sur RMC Sport. Confiants, les joueurs lyonnais savent que c’est un gros morceau qui attend l’OL pour cette finale : le Monaco champion de France en titre des Simone, Gallardo, Marquez, Panucci, Djetou, Giuly et Nonda et consorts. « Entre nous, on se disait qu’on n’était pas favoris mais que c’était du 50-50. Eux aussi savaient qu’on avait une très belle équipe. » préfère se souvenir Claudio Caçapa, toujours sur RMC.

120 minutes plus tard et un but de Patrick Müller à la 118ème, l’OL est officiellement et définitivement sacré. Le début d’une immense fête pour les joueurs et le staff. « On a fait plein de photos et je me revois avec les deux buteurs, puis après avec Sonny et Bernard Lacombe, car c’est nous qui avons un peu décidé monsieur Aulas d’aller le chercher à l’époque, avec des gros cigares, tous trempés car les joueurs nous avaient passé sous la douche. C’était une satisfaction pour tous les efforts de tout le monde, en particulier pour monsieur Aulas et ce qu’on appelait à l’époque sa garde rapprochée, monsieur Jean-Claude Morel, le président Roger Michaux qui lui avait passé la main et tous ceux qui entourent encore le président. J’avais ressenti la joie de tous ces hommes-là qui avaient beaucoup sacrifié pour l’OL, auxquels j’ajoute des salariés comme Olivier Blanc et Marino Faccioli. On est tous en costume du club et on a plein de photos en train de se passer la Coupe. On l’avait un peu squattée par rapport aux joueurs. Je ne vous dis pas l’ambiance dans ce vestiaire… Je ne sais pas combien de temps on y est resté, une heure ou deux. » savourait Santini sur le site de RMC Sport, 19 ans après ce sacre.

Dans la foulée de ce premier titre, Santini va surfer sur la vague du succès dès la saison suivante en décrochant le premier titre de l’Histoire de l’Olympique lyonnais, avec en apogée cette fameuse “finale” du championnat de France, disputée à Gerland face au concurrent lensois (3-1). Malgré ce nouvel exploit, Santini et le président Aulas décident de mettre un terme à l’expérience du natif de Delle (Doubs) quatre jours après les festivités. « L’Olympique Lyonnais félicite et remercie Jacques Santini pour son action au poste d’Entraîneur Général qui a permis au Club, pour la première fois de son histoire, de remporter la Coupe de la Ligue la saison dernière, le titre de Champion de France cette saison et de se qualifier trois fois consécutivement pour la Ligue des Champions. Néanmoins, Jacques Santini a décidé en commun accord avec Jean-Michel Aulas et dans le prolongement des différents entretiens de ces dernières semaines, de ne pas prolonger sa mission au poste d’Entraîneur Général du Groupe Professionnel de l’Olympique Lyonnais, respectant ainsi le contrat de deux ans signé en juillet 2000 et qui s’achève donc en cette fin de saison. Conformément aux accords initiaux convenus avec Jean-Michel Aulas, Jacques Santini redevient Directeur Technique du Club. » Derrière ce communiqué diplomatique diffusé par le club le 8 mai 2002 se cachent a priori des désaccords de plus en plus prégnants entre Santini et les dirigeants de l’OL. Ne s’estimant que trop peu associé à la politique de recrutement, l’ancien Stéphanois ne va accepter cette rétrogradation qu’un temps extrêmement court. Un mois plus tard, il est nommé par la FFF au poste de sélectionneur de l’Équipe de France. Il quitte Lyon avec une certaine amertume, et constate depuis une reconnaissance insuffisante de ses résultats à l’OL : « J’ai gagné la première Coupe de la Ligue du club. Lyon n’avait pas gagné de titre depuis la Coupe de France 1973. J’ai gagné le premier titre de champion de France en 2002 et j’ai préparé le terrain pour la suite, ce qui n’est pas vraiment reconnu de la part de la direction lyonnaise, au contraire des supporters. » 

Peu importe l’état de vos relations avec le board lyonnais, aucun supporter n’a oublié comment a débuté l’ascension de ce qu’on appelle aujourd’hui le “grand OL des années 2000”. Alors, rien que pour votre rôle de précurseur dans cette magnifique aventure, respect éternel à vous Jacques Santini.

Crédits photos : OL

Pour commander le nouveau numéro de Planète Lyon, ça se passe ici.
Pour s’abonner à Planète Lyon, ça se passe ici.
Pour commander les anciens numéros de Planète Lyon, ça se passe ici.

Articlés liés

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page

Pour lire cet article en intégralité,
n’hésitez pas à commander le numéro concerné !