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Nantes : le dernier dép’ de Jean-Yves et Matthias

Ils se déplaçaient jusqu’à Nantes pour aller chercher ce fichu cinquième titre. Ce 9 avril 2005, au petit matin, Jean-Yves (33 ans) et Matthias (14 ans) ne le savent pas encore, mais il s’agit de la dernière fois où les deux compères prennent la route pour aller supporter l’OL : alors qu’ils arrivent aux alentours de Limoges vers 8h15, et qu’il leur reste un peu plus de 300 kilomètres pour arriver à bon port, les deux supporters lyonnais décèdent dans un tragique accident de minibus. Seize ans après le drame, et alors qu’un match décisif à Nantes (dimanche à 21h sur Canal Plus) se profile, Planète Lyon s’associe à l’ensemble des groupes de supporters de l’OL pour saluer la mémoire de ces deux Gones qui nous ont quittés il y a 16 ans déjà.

Drame et hommage

Quiconque a déjà eu l’occasion d’effectuer un déplacement organisé par un groupe de supporters connaît la rengaine : rendez-vous sur le parking derrière le stade Gerland, à une heure où les fêtards ne sont pas encore couchés. Ce samedi 9 avril 2005 aux alentours de 3h du matin, ce sont quatre minibus affrétés par les Lugdunum (devenus Lyon 1950 depuis, ndlr) qui s’apprêtent à avaler le 685 kilomètres qui séparent Lyon de Nantes. A 8h15, alors que le convoi se situe à hauteur de Limoges, l’un des quatre véhicules glisse sur une plaque de neige et termine sa course dans une voiture débarquant en sens inverse. Dans ce choc, deux supporters lyonnais (Jean-Yves et Matthias) décèdent. Les sept autres passagers sont tous blessés, deux le sont même grièvement. Face à ce tragique événement, les autres groupes de supporters, à l’image des Bad Gones ou des Nucléo Ultras, préfèrent rebrousser chemin et ne pas se rendre à Nantes pour assister au match.

Prévenus juste à temps, les hommes de Paul Le Guen s’équipent en urgence d’un brassard blanc et ne manquent pas de rendre hommage à leurs supporters absents, en déposant une germe de fleurs devant un parcage visiteurs bien dégarni. Partout en France, des groupes de supporters communiquent leur soutien aux Lugdunum, rappelant que même lorsqu’il ne partage pas les mêmes couleurs, un supporter sait se montrer uni dans la douleur. Pour l’anecdote, l’OL ramène un point de la Beaujoire (2-2) grâce à un doublé de Pierre-Alain Frau. Mais les Lyonnais sont surtout dans l’attente du prochain match à Gerland, pour pouvoir rendre en public un hommage appuyé aux deux supporters rhodaniens disparus. Mais avant ce rendez-vous, un quart de finale retour de Ligue des champions à Eindhoven attend les Lyonnais… 

Comme un Lyon en cage

Ce tragique événement s’est déroulé au cours de la saison 2004/2005. Quadruple champion de France en titre, l’OL est toujours coaché par Paul Le Guen, qui dispute sa troisième saison du côté de la capitale des Gaules. A l’intersaison, Eric Abidal (en provenance de Lille), Pierre-Alain Frau (Sochaux), Cris (Cruzeiro), Nilmar (Internacional) et Sylvain Wiltord (Arsenal) ont rejoint les rangs d’un effectif déjà composé de stars en devenir telles que Malouda, Essien, Diarra ou Juninho. Plutôt tranquilles en championnat (les Lyonnais finiront champions avec 12 points d’avance sur leur dauphin lillois), cette troisième année du mandat Le Guen correspond à l’avènement de l’OL sur la scène européenne. Dès la phase de poules, l’OL s’impose en outsider en terminant premier (13 points) d’un groupe composé de Manchester United, Fenerbahçe et le Sparta Prague. En huitièmes de finale, les Gones ne font qu’une bouchée du Werder Brême (3-0 puis 7-2) de Johan Micoud et Valérien Ismaël (les deux Français sont les deux buteurs brêmois du match retour). Constatant que l’OL est capable de performances XXL face au gratin européen, les supporters des Gones se mettent à rêver d’un sacre, qui constituerait sans aucun doute une consécration ultime pour le président Jean-Michel Aulas. C’est pourtant au cours de cette période faste que les Lyonnais vont faire la connaissance de Mark Van Bommel (milieu du PSV Eindhoven) et l’arbitre Kim Milton Nielsen… 

« C’était il y a longtemps, je ne me souviens pas. » Lyonnais depuis quelques jours, Memphis Depay (formé au PSV Eindhoven) est interrogé par OL TV sur une action s’étant déroulée alors qu’il n’avait que 11 ans. La journaliste Héloïse Basson lui fait alors visionner les images :  « Bien évidemment il y a penalty. » A l’instar des poteaux carrés sur lesquels se sont fracassées les tentatives stéphanoises en 1976, les Lyonnais ont eux aussi en travers de la gorge une injustice qui aurait pu bouleverser le destin européen du club. Alors que les deux équipes n’ont pas réussi à se départager au cours du match aller à Gerland (1-1), Eindhovenois et Lyonnais se retrouvent pour le match retour dans un Philips Stadion en ébullition. Le Brésilien Alex ayant répondu à l’ouverture du score de Sylvain Wiltord, on se dirige tout droit vers la prolongation. Sur la pelouse, cela fait déjà un bon moment que les Lyonnais assistent médusés au show Mark Van Bommel. Grands sourires, contestations incessantes et complicité surjouée avec l’arbitre : l’international néerlandais pèse de tout son poids pour que M. Nielsen se montre clément avec son équipe. Conséquence directe de ses agissements ou non, une décision arbitrale  va changer définitivement le destin de ce quart de finale.

Nous jouons la 100ème minute lorsque Nilmar, entré à la place de Wiltord au début des prolongations, profite d’une déviation de Govou pour prendre de vitesse deux défenseurs et se retrouver au duel avec son compatriote Heurelho Gomes. Devancé sur sa sortie, le gardien brésilien fauche son compatriote qui finit le nez dans la pelouse du Philips Stadion. Réaction de Thierry Gilardi et Jean-Michel Larqué, commentateurs du soir : « Oh penalty !!! Accroché ! Oh penaltyyy ! Qu’est-ce qu’il dit M.Nielsen ? Il dit sortie de but ??? Monsieur Nielsen, qui était à 30 mètres de l’action ! Ohlalala… Alors on va revoir ça. Mais oui, il y a penalty ! Il n’y a pas de doute, Monsieur Nielsen… ». Malgré les contestations lyonnaises, M. Nielsen maintient sa décision et les Gones s’inclineront quelques minutes plus tard aux tirs au but (2-4). A la peine causée par la disparition de deux supporters vient s’ajouter l’immense déception de l’élimination. Il est grand temps que Gerland se retrouve pour saluer la mémoire de Jean-Yves et Matthias.

La communion de Gerland

Le 17 avril 2005, Lyon reçoit Paris pour le compte de la 33ème journée. Dans un silence de cathédrale, les vingt-deux acteurs font leur entrée sur la pelouse. L’émotion qui pèse sur cette rencontre est palpable. Une fois le “toss” effectué, Lyonnais et Parisiens se dirigent à l’unisson vers le Virage Sud de Gerland pour déposer une gerbe de fleurs en hommage aux Gones disparus. Au total, cette minute de silence en aura duré cinq. Sur le pré, les hommes de Paul Le Guen sont surmotivés à l’idée de rendre hommage aux Gones disparus, mais également de laver l’injustice dont ils viennent d’être victimes sur la scène européenne. Pourtant, entre l’émotion du jour et les séquelles laissées par le match à Eindhoven quelques jours plus tôt, les Lyonnais ne vont jamais réussir à faire parler la poudre. Pire, cette rencontre face au PSG (0-1) vient mettre un terme à quatorze mois d’invincibilité à Gerland : juste avant la mi-temps, Danijel Ljuboja inscrit le seul but de la rencontre, et le PSG réussit le hold-up parfait, tant Jérôme Alonzo a dû intervenir face aux assauts lyonnais tout au long de la rencontre. Il reste alors cinq journées aux Gones pour aller chercher ce cinquième titre, objectif minimal fixé par le président Aulas en début de saison. Deux matchs plus tard, l’OL est définitivement sacré à domicile face à Ajaccio (2-1). 

La disparition de Jean-Yves et Matthias aura marqué toute une génération de supporters lyonnais. Encore aujourd’hui, la date de leur disparition est toujours l’occasion pour le club, les groupes de supporters ou quelques joueurs, de saluer leurs mémoires. Sans restriction sanitaire l’an dernier, nul doute que Bad Gones et Lyon 1950 auraient souhaité célébrer comme il se doit le quinzième anniversaire de cette tragique journée du 9 avril 2005. Lorsque nous regagnerons enfin les travées du Groupama Stadium, nombreux sont les événements et hommages que nous devrons rattraper : les 70 ans du club, la disparition de Gérard Houllier, et bien sûr la mémoire de Jean-Yves et Matthias.

Crédit photo : Site de l’OL

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