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Genesio, un retour plein de peps

C’est une rumeur insistante qui a véritablement enflammé la toile mardi : sauf retournement de situation, Bruno Genesio (54 ans) devrait être désigné nouvel entraîneur du Stade Rennais. Moqué par beaucoup de suiveurs de la Ligue 1 (y compris ses propres supporters) du temps où il officiait sur le banc de l’OL, Genesio dispose donc d’une seconde chance en Ligue 1 Uber Eats pour  faire définitivement taire ses détracteurs. En compagnie de Florian Maurice, l’ancien entraîneur du Beijing Guoan (Chine) dispose d’un beau terrain de jeu au Roazhon Park, dans un club qui ne cesse de progresser ces dernières années. Bon retour Bruno !

La douce ironie du choix Rennes

Tout était prévu. En ce 2 février 2019, l’OL souhaite assurer sa qualification, à domicile face au Stade Rennais, pour sa première finale de Coupe de France depuis 2014, et en profiter pour annoncer la prolongation de deux ans de son entraîneur Bruno Genesio. Malgré la réticence d’une partie des supporters, Jean-Michel Aulas a ce timing en tête depuis trois mois environ : si l’OL dispute une finale de Coupe de France et termine sur le podium de L1, le président rhodanien se montrera tout à fait enclin à prolonger un entraîneur qu’il a toujours protégé. « Nous avions convenu que si nous allions en finale de Coupe de France et que nous étions sur le podium de la Ligue 1, il y aurait à ce moment-là une reconduction automatique de deux ans du contrat de Bruno. Je considère qu’il fait du très bon travail. » déclarait notamment JMA en conférence de presse après cette fameuse demi-finale. Ce dernier avait même pris le temps de prévenir les 12 groupes de supporters du club, afin de s’assurer que cette annonce ne provoque pas une réaction d’humeur chez certains. Malheureusement pour Genesio, cette demi-finale face à Rennes (2-3) va en réalité constituer l’élément déclencheur de son départ de l’OL, trois ans et demi après sa prise de pouvoir à la tête de l’équipe première.

« Je ne peux que constater cette immense déception chez les dirigeants, le staff, mais aussi, vous l’avez entendu, chez les supporters. » En faisant référence aux “Genesio démission” descendant notamment du Virage Sud à la fin du match, le président Aulas sait que cette élimination aura bien du mal à passer. Dans un véritable match de Coupe, les Lyonnais se sont d’abord retrouvés menés 1-0 puis 2-1 avant d’égaliser par l’intermédiaire de Moussa Dembélé sur pénalty (75ème). Alors qu’on se dirige vers la prolongation, Ramy Bensebaini vient crucifier Anthony Lopes à la 81ème minute, et les Lyonnais voient leurs espoirs de Stade de France s’envoler. Arrivé en conférence de presse d’après-match en compagnie de son entraîneur, Jean-Michel Aulas va alors se lancer dans un monologue de 20 minutes, remettant en cause tout son plan initial : « Les choses ne se sont pas passées comme on l’espérait donc on va rester en l’état. Je suis catastrophé non seulement de la performance de nos joueurs mais aussi de ne pas pouvoir vous annoncer ce qu’on avait prévu. » Interrogé après son président, Bruno Genesio prend acte de sa non-prolongation : « Pour l’instant, je vis la déception de l’élimination. J’ai toujours dit que les intérêts personnels passaient après l’institution, je ne vais pas faire d’exception pour mon cas. Il reste huit matchs de championnat et je vais tout donner pour amener l’équipe à la deuxième place. » Surpris par ce revirement de situation, les joueurs lyonnais réagissent à chaud et apportent leur soutien à leur coach, à l’image d’Anthony Lopes : « On va continuer à se battre pour aller directement dans la plus belle des compétitions via la deuxième place en L1. Tout le monde a envie que Bruno reste mais la décision ne nous appartient pas. »

Après une dizaine de jours de réflexion, l’entraîneur de l’OL décide de prendre le taureau par les cornes en annonçant lui-même son intention de quitter l’OL à l’issue de la saison 2018-2019. Genesio en profite pour vider son sac, rappelant le climat délétère dans lequel il a dû exercer son mandat de coach de l’OL. « Depuis quelque temps, je fais face à un climat assez négatif -pour ne pas dire plus- qui je pense peut être un frein important pour l’équipe. Ce qui était intenable, c’était de voir par rapport à mon cas personnel qu’on puisse en arriver à souhaiter une défaite de mon équipe ou que le club n’atteigne pas les objectifs ». BG fait donc le choix de se sacrifier pour son club de toujours, mais appelle tout de même à l’union sacrée derrière l’OL pour aller chercher le podium, et donc une qualification en C1. Avec 2 défaites, 1 nul et 5 victoires, l’ancien adjoint de Rémi Garde remplit ce dernier objectif, et quitte l’OL rincé. Il est temps pour Genesio de respirer, et le plus loin possible de la capitale des Gaules.

Bruno le mandarin

A la fin du mois de juillet 2019, c’est à 8000 kilomètres de Lyon que nous retrouvons le Genesio nouveau : le Beijing Guoan, alors troisième du championnat chinois, annonce la signature de l’ancien entraîneur de l’OL pour 6 mois. Heureux des outils de travail à sa disposition, Genesio semble savourer sa nouvelle vie lorsque RMC Sport l’interroge en septembre 2019 : « J’ai été très agréablement surpris par l’organisation générale du club. Il y a environ 150 personnes employées pour le club. Il y a beaucoup de monde à notre service, pour le staff technique. L’intégration a été très rapide puisque je suis arrivé ici fin juillet et qu’on avait un match trois jours après. » Mais plus que le football, le demi-finaliste de l’Europa League 2017 est surtout très satisfait de travailler dans un climat apaisé. « J’avais besoin de ça, confiait-il toujours sur RMC Sport. Lors des trois ans et demi à Lyon, le contexte n’a pas été facile, spécialement la dernière année. Je suis venu chercher la paix et la tranquillité pour faire mon métier avec l’esprit libre et ne pas avoir l’impression d’être jugé et évalué chaque heure sur ce que je fais et ce que je ne fais pas. Ça fait toujours plaisir d’être dans un environnement favorable et positif autour de moi. »

Dans ce climat serein, Bruno Genesio réussit de bons débuts sur le banc du Beijing Guoan. Terminant second derrière le Guangzhou Evergrande de Fabio Cannavaro, les dirigeants chinois n’hésitent pas à lui proposer une prolongation d’un an à l’issue de sa première saison. « M. Genesio et son encadrement vont rejoindre l’équipe en Espagne début janvier pour préparer la saison 2020 » indiquait notamment le club sur Weibo, équivalent chinois de Twitter. Et pour son deuxième exercice, BG va de nouveau obtenir des résultats très corrects avec son club, dans le contexte pandémique mondial que l’on connaît. « On fait nos entraînements, on mange, le staff visionne des vidéos, on a des réunions… Vivre si longtemps en autarcie, c’est une drôle d’épreuve. Et ça te fait relativiser certaines choses, quand je vois qu’on se plaint en France…  J’ai la chance d’avoir un groupe et un staff formidables. Les joueurs chinois possèdent pour la plupart une philosophie bouddhiste, ils relativisent, prennent les choses avec calme et sérénité. » déclarait-il à nos confrères de Bein Sports fin octobre 2020.

Après avoir qualifiés son équipe pour les play-offs, Genesio tombe une nouvelle fois face au club de Cannavaro (0-0 puis 1-3), mais réussit à se consoler en arrachant la troisième place, après avoir fait tomber le Shanghai SPIG (2-1 puis 1-1) lors de la petite finale. Début janvier 2021, le Beijing Guoan officialise le départ de Genesio, remplacé par le Croate Slaven Bilic. L’ancien entraîneur de l’OL peut alors de nouveau rêver d’entraîner un club en Europe, et pourquoi pas en Ligue 1… 

Un défi collectif et personnel

A la fin de ce même mois de janvier 2021, Téléfoot la chaîne prend la température auprès du natif de Lyon, et sa réponse est sans équivoque : « Ce n’est pas inimaginable. Il y en a un dans lequel je ne pourrais pas, on vient d’en parler (Saint-Étienne, ndlr). Je suis prêt à entraîner un autre club français que l’Olympique lyonnais ». Déjà en tête de la short-list montpelliéraine établie pour trouver un remplaçant à un Michel Der Zakarian en fin de contrat du côté du MHSC, l’arrivée (presque) officielle de Genesio du côté de Rennes est finalement tout sauf une surprise. Surtout que BG retrouvera en Bretagne une vieille connaissance en la personne du directeur sportif Florian Maurice, ex-responsable du recrutement à l’OL (2014-2019), mais également ex-coéquipier de Genesio du temps où les deux joueurs défendaient les couleurs lyonnaises (1992-1995). « À la suite du départ soudain de Julien Stéphan, nous avons été obligés d’entamer des discussions avec des entraîneurs susceptibles de pouvoir correspondre au projet du Stade Rennais. Bruno fait partie de la liste, mais c’est difficile d’aller très vite dans des décisions de ce genre. On espère que ça se fasse vite, évidemment. Il faut être deux pour entamer des démarches et aller plus loin. Pour l’instant, on avance dans le bon sens, mais rien n’est écarté ». S’il refusait d’officialiser la nouvelle au micro de Canal Plus avant OL-Rennes d’hier (1-0), Maurice a tout de même validé la piste Genesio. Et ce dernier n’a jamais tari d’éloges à l’égard du Tintin de Gerland, lorsqu’ils étaient tous les deux en poste à l’OL : « Chaque fois qu’il m’a parlé d’un joueur, il a tapé juste. Notre relation est basée sur la confiance et c’est rare dans le football. Je pense que c’est réciproque. C’est important dans les décisions que nous devons prendre » complimentait notamment le technicien lorsqu’il évoquait Maurice en 2019. 

Si le Stade Rennais occupe cette saison une bien morne 10ème place, il ne faut pas se méprendre : Genesio rejoint un club ambitieux. Vainqueurs de la Coupe de France 2019 (après avoir éliminé l’OL en demi, les Rennais se sont offerts les Parisiens en finale) et qualifiés pour la première fois de son histoire en Ligue des Champions suite à l’arrêt définitif du championnat 2019-2020 à l’issue de la 28ème journée, Rennes est un club qui ne cesse de grandir. C’est bien pour continuer à viser haut que le président Nicolas Holveck a choisi de débaucher Florian Maurice pendant le premier confinement, et ainsi continuer à faire progresser un club s’apparentant de plus en plus à un “petit OL”. A 10 journées de la fin et avec un match en retard, Rennes n’est finalement qu’à 6 points de la 5ème place… En réussissant une belle fin de saison, Genesio clouerait le bec à beaucoup de ses détracteurs et pourrait alors envisager la saison prochaine assez sereinement. En tout cas, on lui souhaite.

Crédit photo : Damien LG

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