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AnalyseCoup de gaule

Umtiti et Tolisso : up and Gones

« C’est une blessure sérieuse. Nous avons tous été choqués. Cela s’est passé à l’entraînement, sur un tir, il a ressenti une grosse douleur. » C’est avec la mine des mauvais jours que l’entraîneur du Bayern Munich est venu annoncer la sale nouvelle : victime d’une rupture d’un tendon au niveau des quadriceps gauches, la saison de Corentin Tolisso (26 ans) est terminée et sa participation à l’Euro 2021 plus que compromise. Terrible destin pour celui qui avait déjà dû faire une croix sur la saison 2018-2019 après une rupture du ligament croisé survenue au cours d’un match de Bundesliga…

A Barcelone en revanche, un phœnix qu’on attendait plus renaît petit à petit de ses cendres : avec trois titularisations depuis le début de l’année 2021, Samuel Umtiti (27 ans) est en train de gagner l’estime et la confiance de son entraîneur Ronald Koeman. Au point d’arracher une place parmi les 23 de Deschamps cet été ?

Planète Lyon revient sur le destin sinueux de ces deux purs produits du centre de formation lyonnais, pour qui la Coupe du Monde 2018 représente à la fois le zénith de leur carrière, mais également le début de leurs malheurs.

Samuel Umtiti, des bleus pour les Bleus

« J’ai pris un risque, parce que la Coupe du monde, c’est tous les quatre ans et on n’est jamais sûr de la jouer plusieurs fois (…) C’est un rêve que j’ai réalisé. J’ai forcé dessus (les genoux, ndlr) et c’est pour ça que ç’a compliqué un peu les choses sur la saison qui a suivi. Mais je ne regrette pas. ». En ce mois de mars 2019, si Téléfoot demande à Samuel Umtiti d’analyser le bien-fondé de sa participation au Mondial en Russie un an et demi plutôt, c’est que le choix du défenseur blaugrana n’a pas été sans conséquence sur la suite de sa carrière. Loin de se présenter en conditions optimales pour cette première Coupe du Monde organisée dans le pays de Vladimir Poutine, Umtiti débarque en Russie avec un cartilage du genou gauche récalcitrant depuis quelques mois déjà. Le joueur formé à Lyon choisit pourtant de serrer les dents et de disputer 6 des 7 matchs du sacre français, avec en point d’orgue un but décisif inscrit face à la Belgique (1-0) en demi-finale et une célébration à la démarche cassée qui restera dans les annales. Dans l’euphorie de ce couronnement mondial, Samuel Umtiti déborde de motivation et décide d’écourter ses vacances d’une semaine pour reprendre l’entraînement à Barcelone. Une bien mauvaise idée.

S’il est effectivement titulaire lors des 6 premiers matchs de la Liga 2018-2019, son genou souffrant se rappelle à lui lors d’une défaite contre Leganés (1-2). Alors que la Barça souhaite voir son défenseur passer sur le billard pour qu’il puisse se débarrasser définitivement de cette blessure, le natif de Yaoundé ne veut pas entendre parler d’une opération (selon le quotidien espagnol As, Umtiti aurait la phobie des opérations chirurgicales depuis une arthroscopie effectuée à 17 ans alors qu’il jouait avec les jeunes de l’OL) et privilégie un traitement « calme », alternant pratique du football et phases de repos. « Passer sur le billard n’est pas une obligation en soi, tempérait Jordi Ardèvol (chef du département médical du FC Barcelone entre 2003 et 2006) sur le site du magazine So Foot en mars 2019. Le souci du cartilage, c’est que cette matière corporelle ne se régénère pas de façon spontanée. Si vous voulez revenir à la normalité, cela passe probablement par une intervention chirurgicale afin d’envisager un substitut artificiel à ce fameux cartilage. Le seul doute que j’aurais dans ce choix-là, ce serait sur la capacité du joueur à s’adapter à cette transplantation. Cela dépend aussi de l’âge du joueur. Là, je crois qu’il est à un carrefour : soit remplacer l’intégralité comme le ferait un jeune joueur, soit toucher simplement au cartilage en cas d’âge plus avancé. Dans tous les cas, l’absence de cartilage met la suite de la carrière d’Umtiti en danger. »

Malheureusement pour Big Sam, la suite des évènements donne entièrement raison au médecin catalan. Si le Bleu aux 31 sélections venait alors de faire son retour en Équipe de France, plus en raison de son statut que de ses performances, celui qui était devenu un incontournable du onze de Didier Deschamps depuis l’Euro 2016 est méconnaissable. Devant ménager ses genoux, Umtiti est irrégulier tant en termes de présence sur les pelouses que dans la qualité de ses performances. Dans la hiérarchie des défenseurs du Barça, il s’est fait supplanter par son compatriote Clément Lenglet. Plus que jamais, son avenir semble s’écrire loin de la capitale catalane.

« Quand j’ai vu la rumeur, je me suis empressé d’envoyer un texto à Juninho et le voir pour lui dire qu’il y avait peut-être la possibilité de récupérer Umtiti.» Tout en précisant que « économiquement ça risque d’être compliqué », Rudi Garcia n’avait pas manqué l’occasion de commenter la rumeur, au micro d’OL TV, d’un éventuel retour de l’ancien numéro 23 entre Rhône et Saône. Nous traversons alors une période au cours de laquelle Barcelone se montre particulièrement insistant pour rapatrier Memphis Depay au Camp Nou. En proie à de sérieuses difficultés financières, le Barça se doit d’être ingénieux pour proposer un deal susceptible de convaincre Jean-Michel Aulas : germe alors l’idée d’inclure Umtiti dans la transaction.

Malheureusement pour Garcia et l’OL, ce transfert demeurera à l’état de projet : le joueur formé à Lyon n’a alors aucunement l’intention de bouger, surtout que Koeman n’a jamais signifié directement au défenseur qu’il était indésirable, à l’instar de Luis Suárez ou Ivan Rakitić. Dans l’incapacité de recruter, le Barça n’a d’autres choix que de prier pour que son international français récupère définitivement ses moyens et redevienne un candidat crédible pour occuper l’un des deux postes de la charnière centrale barcelonaise.

Quoi qu’il en soit, Umtiti carbure pour s’en donner les moyens : « Je ne me suis jamais senti aussi bien physiquement. Mon corps a changé. Ces années de galère m’ont rendu plus fort. J’ai perdu du temps, j’ai besoin de le rattraper. Je suis devenu vegan, je ne mange pas de viandes, pas de poissons. Je ne mange plus de pâtes. Je dors mieux. Je me sens mieux. J’ai perdu trois kilos. » expliquait-il au micro de Canal Plus en octobre 2020. Mais c’est seulement depuis début 2021 que nous pouvons revoir Big Sam en découdre réellement avec les attaquants de la Liga. Titularisé lors des trois derniers matchs par son entraîneur, l’ancien Lyonnais retrouve enfin le rythme de la compétition et le plaisir de jouer. Venant tout juste de fêter ses 27 ans, Umtiti a encore de belles années devant lui. Si son genou le laisse définitivement tranquille, il ne serait pas surprenant de voir Deschamps, dès cet été, lui demander de récupérer la place prépondérante qu’il occupait dans son groupe il y a trois ans… Au détriment de sa carrière en club ?

Corentin Tolisso, une succession d’épreuves

La donne sera forcément différente concernant Corentin Tolisso pour l’Euro 2021 : le natif de Tarare vient de subir une rupture du tendon de la cuisse qui devrait l’éloigner des terrains entre trois et quatre mois, et les chances de le voir revêtir le maillot bleu cet été son infimes. « La blessure de Corentin m’attriste, indiquait notamment Didier Deschamps sur le site de la FFF. Il n’y a jamais de bon moment pour se blesser. Il est encore trop tôt pour se prononcer de façon définitive sur la durée de son indisponibilité. Ce dont je suis sûr, connaissant sa grande force de caractère, c’est qu’on le reverra à son meilleur niveau. Je suis certain qu’il va tout mettre en œuvre pour. » Une nouvelle épreuve pour celui qui a déjà dû se relever d’une rupture du ligament croisé du genou droit et d’une déchirure du ménisque en 2018.

Septembre 2018, Allianz Arena (Munich). Le Bayern accueille le Bayer Leverkusen (3-1) et Tolisso jouit de sa première titularisation post-Mondial. S’il ouvre le score d’un subtil extérieur du pied droit dès la 10ème minute, le milieu international français est évacué sur civière peu avant la pause, des suites d’un choc avec Kévin Volland (actuel attaquant de l’AS Monaco). Opéré le lendemain, l’ancien numéro 8 de l’OL choisit la carte de l’humour au moment de donner de ses nouvelles : « L’opération s’est bien passée, je peux jouer mercredi », accompagné de deux smileys riant aux larmes. Sa réelle indisponibilité est en fait évaluée à 6 mois.

Avant cette grave blessure, le parcours de Coco Tolisso au Bayern Munich s’apparentait à un conte de fées. Plus chère recrue de l’histoire du club allemand à l’époque (40 M€), le relayeur avait confirmé toutes les promesses entrevues à Gerland puis au Groupama Stadium lors de sa première année munichoise : 40 matchs joués pour 10 buts et 7 passes décisives. Logiquement récompensé par une place parmi les 23 Bleus décollant pour la Russie, Tolisso occupe une place bien particulière dans le groupe des futurs champions du monde. Titulaire contre l’Australie (2-1) pour le premier match de poule et face à l’Uruguay (2-0) en quart de finale, il dispute 5 des 7 matchs de l’Équipe de France et participe à toutes les rencontres de la phase à élimination directe (17 minutes disputées en finale face à la Croatie). C’est également avec ce rôle de variable d’ajustement que Tolisso fait son retour à la compétition en club, une fois son genou rétabli.

S’il reprend l’entraînement avec ballon en février 2019, de multiples gênes liées à sa blessure initiale vont repousser le retour de l’international français sur les terrains au mois de mai et un match de coupe d’Allemagne face à Leipzig (3-0). Pendant son absence, l’entraîneur du Bayern Hans-Dieter Flick a installé un milieu à trois, au sein duquel Thiago Alcântara, Joshua Kimmich et Philippe Coutinho jouent les premiers rôles. Leon Goretzka est également appelé à jouer très régulièrement. Flick ne laisse donc que des miettes à Tolisso, chargé de suppléer les quatre joueurs le précédant dans la hiérarchie des milieux de terrain munichois. Et si on aurait pu imaginer que la période d’arrêt de tous les championnats européens à partir de mars 2020 pour des raisons pandémiques allait permettre à Coco de parfaire son rétablissement, le joueur d’origine togolaise n’avait certainement pas prévu de se péter la cheville au moment de la reprise en mai. Il s’agit de nouveau d’une histoire de ligament, Tolisso se faisant opérer quinze jours plus tard de celui de la cheville externe gauche. Verdict : out deux mois. « C’est un coup dur pour Corentin. Mais connaissant sa force de caractère et sa rage de vaincre, je suis convaincu qu’il reviendra encore plus fort. » Confiant quant à ses capacités à rebondir, Flick va limiter au maximum les risques lors du Final 8 à Lisbonne. Si l’ancien lyonnais participe bien à tous les matchs jusqu’au sacre final du Bayern, son record de temps de jeu s’établit à 8 minutes face à Lyon en demi-finales (0-3). L’idée de l’entraîneur allemand est alors de patienter jusqu’à la saison suivante afin d’assurer une récupération optimale à son milieu.

L’ayant aligné d’entrée à 9 reprises sur les 22 matchs tcc disputés depuis le début de la saison en cours, Flick avait démontré depuis le début de saison qu’il comptait toujours beaucoup sur Tolisso. Forcément, la rechute de son milieu de terrain l’a profondément marqué : « Cela fait vraiment de la peine. On va le soutenir dans les prochaines semaines, on aura encore besoin de lui. Je suis convaincu par ses qualités. Il avait besoin de rythme et il pouvait l’avoir en ce moment. Dans le passé, le Bayern a toujours montré qu’il était avec ses joueurs et les soutenait. Nous souhaitons qu’il revienne le plus vite possible avec ses qualités ». Que ce soit le sélectionneur, son entraîneur ou même ses anciens potes de l’OL (Lopes, Ferri), beaucoup d’acteurs du monde du football ont affiché un soutien public à Tolisso. Tous les supporters de l’OL espèrent que cela suffira pour revoir le Tararien au plus haut niveau.

Crédit photo : AFP

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