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La mauvaise surprise du Jeff

Mercredi, en fin de soirée, le derby de la Côte d’Azur entre Monaco et Nice (2-1) était en train de se terminer lorsque Jeff Reine-Adelaïde (23 ans) s’effondra sur la pelouse de Louis-II et vociféra de douleur. Coéquipiers comme adversaires se précipitèrent alors, leurs visages déconfits faisant redouter le pire. Et la mauvaise nouvelle fut confirmée quelques heures plus tard : un an après sa blessure contractée sous les couleurs lyonnaises, JRA s’est de nouveau pété les ligaments croisés avec Nice, l’autre genou cette fois-ci. Planète Lyon fait le point sur la carrière mal embarquée de celui qui avait affiché de si belles promesses.

Un départ prématuré pour sauver Lens

Pour beaucoup de passionnés mal renseignés, le départ de Reine-Adelaïde à 17 ans vers Arsenal au printemps 2015 correspond à l’impatience de la jeunesse, incapable de prendre le temps de s’imposer en Ligue 2 (à Lens), avant d’éventuellement viser plus haut. Les cinq petits matchs disputés avec l’équipe d’Arsène Wenger entre 2015 et 2017 par le natif de Champigny-sur-Marne semblent confirmer la tendance du départ prématuré. Pourtant, l’angle d’analyse est erroné : si Reine-Adelaïde a rejoint les Gunners avant sa majorité, c’est parce que son club formateur en avait urgemment besoin.

L’année 2015 est également celle des fameux “Football Leaks”, plus grande fuite d’informations de l’histoire du sport. Parmi les nombreux documents consultés par un consortium de journalistes dont Mediapart, est apparu celui officialisant les transactions de Reine-Adelaïde et son coéquipier Yassin Fortuné, 17 et 16 ans à l’époque. Le RC Lens boucle alors une saison 2014-2015 cauchemardesque à la dernière place et doit également faire face à de graves difficultés financières. Côté dirigeants, l’actionnaire majoritaire azerbaïdjanais Hafiz Mammadov est fantomatique depuis plus d’un an, englué dans des difficultés financières et personnelles dans son pays. Son associé Gervais Martel doit donc en découdre seul avec les gendarmes financiers de la DNCG.

Des documents révélés par les journalistes investigateurs sort donc le montage financier ayant permis de boucler le transfert de JRA en direction d’Arsenal, dans un timing peu habituel. Comme nous sommes hors période de mercato, Lensois et Londoniens trouvent un tour de passe-passe permettant à Lens d’encaisser de l’argent frais à très court terme. Le 19 mai 2015, les deux clubs signent une “option de transfert” incluant un versement immédiat de 1,75 M€ qui seront complétés par plus de 2M par la suite. Pourtant, constatant le faible temps de jeu offert par son coach, le Martiniquais ne mettra que 2 ans et demi à revenir en France.

Explosion à Angers

Lors du dernier jour du mercato hivernal 2018, le SCO Angers officialise le prêt du joueur formé à Lens. “Longiligne milieu de terrain, polyvalent et technique, Jeff Reine-Adélaïde vient apporter toute sa fraîcheur et son envie d’aider le SCO à atteindre son objectif. Il portera le numéro 22 dans le dos jusqu’à la fin de la saison !” précisait même le SCO sur son site. Les 5 mois de compétition suivants suffiront au club angevin pour le convaincre de signer définitivement Adelaïde, une fois l’été venu. Il devient alors un taulier du club coaché par Stéphane Moulin, ne manquant que 3 des 38 matchs de la saison 2018-2019. Ses performances lui ouvrent la porte de l’Équipe de France Espoirs, avec laquelle il devient incontournable.

Lors de l’été 2019, JRA régale pour la reprise de la saison. « J’ai rarement vu ici à Angers, le public se lever pour un joueur comme il l’a fait pour lui. Et ce n’est pas un au revoir ou un adieu, c’est juste pour saluer la performance. Il faut le féliciter pour sa performance mais aussi pour le comportement qu’il a depuis que tout s’agite autour de lui. Il a un comportement exemplaire, il est investi, concerné, appliqué. Quand on se comporte bien, et qu’on a du talent, un moment donné ça paye. C’est un bel exemple pour tous les joueurs contactés en période de mercato et qui ne pensent qu’à partir en ne pensant plus au club. Lui, il n’oublie pas tout ça, bravo lui, ce n’est pas facile. Il est jeune et supporter tout ça de la manière dont il le fait, chapeau. » s’enthousiasmait Moulin après une performance XXL de son poulain face à Bordeaux (3-1), lors de la première journée.

Mais même si Adelaïde se montre impliqué jusqu’au bout, ni lui ni le président Said Chabane ne peuvent résister aux 25 millions d’euros hors bonus proposés par Jean-Michel Aulas. Mi-août, c’est un JRA très ambitieux qui est présenté par Juninho et Florian Maurice à la presse. Les deux collègues avaient pour mission de trouver un remplaçant à Tanguy Ndombele, parti du côté de Tottenham. « Sans concurrence, on ne va rien gagner. Ce ne sont pas mes adversaires qui m’ont fait progresser, mais mes partenaires. J’avais peur de laisser ma place. » expliquait Juninho au moment de présenter le nouveau relayeur de l’OL.  « J’ai beaucoup appris à Angers, comme footballeur mais surtout humainement. Je suis très heureux d’être devenu ce que je suis et je ne veux pas m’inventer une vie en venant ici. » la jouait plutôt modeste JRA de son côté.

Dès ses premières semaines à l’OL, tous les supporters devinent le  talent évident de leur nouveau milieu. « C’est un garçon ouvert, très, très intelligent. Et surtout, il est en demande de conseils, consignes clairs de manière à progresser. » déclarait à son sujet Rudi Garcia, lors d’une conférence de presse précédant la 16ème journée opposant l’OL le LOSC. Le coach lyonnais tempérait néanmoins son propos en précisant que l’investissement de sa pépite pouvait être fluctuant. « Le talent, il l’a. Mais par exemple, on l’a vu face à Strasbourg, on ne peut pas dire que c’était son meilleur match, et de loin. C’est un garçon qui doit se montrer décisif. »

Ca craque et ça recraque

15 décembre 2019, Groupama Stadium. Dans la foulée d’une qualification européenne arrachée dans un climat délétère (l’OL recevait Leipzig et s’était qualifié suite au nul 2-2. Le Brésilien Marcelo avait été pris à parti par un supporter, ndlr), l’OL accueille Rennes pour le compte de la 18ème journée. Traversant décidément une sombre période, les Lyonnais s’inclinent (0-1) et perdent coup sur coup Memphis Depay et Reine-Adelaïde, tous deux victimes de ruptures des ligaments croisés. Le début d’un long chemin de croix pour les deux joueurs, le confinement étant alors quelque chose de totalement inexistant. Dès le lendemain, sur son compte Twitter, l’international espoir se veut déterminé : « C’est une blessure qui est dure à avaler mais je reviendrai plus fort, c’est une promesse que je me suis faîte. Pour moi, ma famille et mes amis », pianotait-il notamment.

Le foot totalement stoppé en mars pour des raisons pandémiques, JRA profite du confinement pour parfaire sa rééducation depuis son domicile. En juillet 2020, lors de la reprise de l’entraînement en vue de la finale de la Coupe de la Ligue et du Final 8, c’est Jeff le conquérant qui se présente face à la presse : « En tant que compétiteurs, nous avons envie de nous racheter auprès des supporters et du club. Nous avons repris l’entraînement très tôt, déjà pour préparer le mieux possible nos prochains matchs mais également la saison prochaine. Nous avons encore l’opportunité de gagner deux titres et nous mettrons tous les moyens en œuvre pour y parvenir, même si la tâche s’annonce ardue. Je suis apte à rejouer, les docteurs m’ont donné le feu vert. Je suis très heureux de retrouver les terrains pour pouvoir aider l’équipe à atteindre ses objectifs, » prévenait l’ancien Gunner en conférence de presse. Pourtant, c’est un autre traitement que va lui réserver Rudi Garcia.

Pour aider son joueur à reprendre la compétition progressivement, le coach rhodanien fait le choix de ne pas précipiter le retour de son milieu. Pour l’ancien Angevin, la situation devient insupportable, et il craque devant les médias en septembre, lors d’un rassemblement avec les Espoirs.  « Je ne vois pas forcément mon avenir proche à Lyon. Le discours de l’Olympique lyonnais et le mien ne sont plus en adéquation, donc il doit y avoir des discussions pour parler d’un éventuel départ. Ma progression est arrêtée depuis un moment et il faut qu’on trouve une solution. J’ai besoin d’avancer. » Prenant de court dirigeants et supporters, cette sortie va accélérer le départ du Martiniquais que les amateurs des Gones n’auront pu voir qu’à 23 reprises avec le maillot lyonnais sur les épaules (2 buts).

Prêté à Nice avec option d’achat, JRA arrive sur la Côte d’Azur avec la ferme intention d’obtenir un statut d’incontournable. Patrick Vieira attendra tout de même un mois avant de le titulariser, mais le joueur formé à Lens ne quitte ensuite plus le onze du Champion du monde 98. Cette situation ne bouge pas malgré le licenciement de Vieira et son remplacement par son adjoint Adrian Ursea. Le milieu prêté par l’OL avait la charge du jeu niçois et avait pour mission de porter un club azuréen bien mal en point depuis le début de la saison (14ème après le derby azuréen).

Malheureusement pour les Niçois, la mission maintien devra être menée à bien sans leur créateur. Lors du derby azuréen, JRA s’est donc de nouveau fait les ligaments et une opération chirurgicale est déjà programmée. Le Martiniquais va devoir à nouveau cravacher en rééducation avant de pouvoir s’exprimer à nouveau sur les terrains. Il sera certainement invité à se relancer à l’OL, tant il est difficile d’imaginer un club dépenser des millions d’euros pour un joueur venant d’enchaîner deux graves blessures en un an. A lui de démontrer que sa carrière n’est pas déjà terminée. Bon courage Jeff !

Crédit photo : Damien LG

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