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Coup de belinHistoire

Gérard et l’OL : Houllier à jamais !

Il est grand temps que cette maudite année se termine. Outre le coronavirus, 2020 restera également l’année de disparition de très grandes figures de l’histoire mondiale du sport : Kobe Bryant, Diego Maradona et Christophe Dominici ne sont plus. Ce lundi, c’est avec une immense tristesse que nous apprenons que l’un des plus grands entraîneurs de l’histoire de l’OL a rejoint les étoîles, à 73 ans. Retour sur les années lyonnaises de Gérard Houllier.

Gérard-ment vu ça

Lorsqu’il débarque à l’OL en 2005, Gérard Houllier est déjà très célèbre au sein du microcosme footballistique européen. Champion de France avec le Paris-Saint Germain (1986) et vainqueur de la Coupe de l’UEFA avec Liverpool (2001), l’ancien sélectionneur des Bleus, présent sur le banc de touche lors du tragique France-Bulgarie (1-2), est déjà un entraîneur de renom. Pour prendre la succession d’un Paul Le Guen triple champion de France, l’OL a donc décidé de mettre un pilote de renom au volant de son bolide. « Quand j’arrive, le club a déjà acquis un certain niveau de vécu et d’expérience avec les titres de champions et les parcours européens. On me donne une Formule 1 : beaucoup de joueurs sont déjà là et l’équipe est en place. Je comprends que finir deuxième représenterait une contre-performance. (Rires) Du coup, dès ma prise de fonction, je procède à quelques réglages que j’estime importants pour la suite : je déclenche le retour de Müller, je mène le recrutement de Tiago et je réussis, par téléphone, à convaincre Govou de rester.» resituait-il sur le site de nos confrères du Libéro Lyon. Celui qui a alors décidé de conserver le staff en place (Bats, Garde, Duverne), n’est accompagné dans la capitale des Gaules que par son fidèle adjoint Patrice Bergues. Toujours dans le Libéro Lyon : « J’ai toujours eu l’habitude de garder les staffs en place. Parce qu’ils connaissent les joueurs, mais aussi les us et coutumes du club, ils vous font gagner du temps. Je savais déjà que Joël Bats était compétent. Rémi Garde, j’ai fait en sorte qu’il reste. Et j’ai appris à travailler avec Robert Duverne. Je n’avais pas l’habitude de travailler avec un préparateur physique et je dois dire que ses méthodes m’ont très vite plu ».

L’OL va pourtant bel et bien évoluer sous les ordres de l’ancien entraîneur de Liverpool. En repartant du 4-3-3 installé par Paul Le Guen, il instaure la tactique du “serpent à sonnettes”. L’ogre lyonnais étant craint par la plupart des équipes de Ligue 1, il se confronte régulièrement à des adversaires regroupés en défense. « Cette stratégie correspondait surtout aux situations où l’on butait sur la défense adverse : vous partez d’un côté, vous revenez de l’autre, vous repassez et vous attendez qu’il y ait le décalage qui vous permettra de trouver l’ouverture pour passer. » Si le Libéro Lyon lui faisait remarquer que cette stratégie avait peut-être inspiré Guardiola quelques années plus tard, Houllier la jouait modeste tout en confiant une anecdote significative : « c’est marrant parce qu’Abidal, un jour, m’a dit : “Il y a beaucoup de similitudes entre vous et Pep Guardiola.” ». Autre ressemblance avec l’entraîneur catalan : le rôle primordial accordé aux latéraux.« Dans mon système, les latéraux avaient un rôle plus important. Par exemple, quand on jouait côté droit et que l’arrière était impliqué, je n’hésitais pas à demander à mon latéral gauche de venir jouer lui aussi très haut. Derrière, je ne conservais qu’un triangle défensif, avec Djila Diarra placé devant les deux centraux. » Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette tactique a porté ses fruits, pour le plus grand bonheur de Gerland.

Le départ inattendu

Gérard Houllier avec l’OL, c’est 69 (!) victoires, 23 nuls et 15 défaites. 64% de victoires donc, dont certaines d’anthologie. Tout le monde se souvient où il était par exemple le 13 septembre 2005, lors de cette fabuleuse victoire face aux Galactiques du Real Madrid (3-0) à Gerland. Même chose concernant le match retour (1-1) au cours duquel John Carew avait gratifié les supporters d’une talonnade magique entre les jambes du défenseur italien Fabio Cannavaro. Toujours au cours de la même épopée, c’est bien Gérard Houllier qui est sur le banc lorsque l’OL corrige sévèrement le PSV Eindovhen (4-0) lors du match retour du 8ème de finale de cette Ligue des Champions 2005-2006. Une jolie revanche pour les supporters lyonnais qui n’avaient toujours pas digéré la confrontation de l’année précédente au cours de laquelle Mark Van Bommel avait eu un comportement exécrable et un penalty évident sur Nilmar avait été oublié. L’aventure de l’OL s’arrête finalement en quarts face au Milan (0-0 puis 1-3), match au cours duquel les hommes d’Houllier font largement jeu égal avec les Rossoneri. « Pendant les vingt-cinq premières minutes du match aller, à part signer des autographes, les Milanais ne font rien. On les a regardés jouer. Il nous manquait également Juninho. Avec tous les coups francs qu’on a eus ce soir-là près de la surface… Au retour, on en a eu moins, mais on a quatre occasions nettes dont un tir sur le poteau. On a manqué de chance. » regrettait l’ancien coach de l’OL dans le Libéro Lyon. Toujours pleins d’espérance, les supporters lyonnais se contentent finalement d’un cinquième sacre national, mais espèrent bien remettre le couvert dès la saison suivante.

Sur la scène nationale, c’est un OL inarrêtable qui débute la saison 2006-2007. Avec 50 points glanés sur 57 possibles, les hommes de Gérard Houllier se savent déjà quasiment champions à la fin de la campagne des matchs allers. Tout le monde pense alors que les Gones peuvent tranquillement se concentrer sur la C1, pour pouvoir enfin casser ce plafond de verre qui les sépare du dernier carré. Pourtant, l’OL se met à ralentir sérieusement dès le mois de janvier : «J’en connais les raisons, mais je ne veux pas les mettre sur la table.» préférait occulter le natif de Thérouanne (62) dans le Libéro Lyon. D’un point de vue contextuel, le président Aulas est alors en train de continuer à faire passer des caps à son club de toujours : l’OL fait son entrée en bourse et les prémices du grand stade pointent le bout de leur nez. Finalement défaits dès les huitièmes de finale par l’AS Roma (0-0 puis 0-2), les Lyonnais vont terminer cette saison 2006-2007 en ronronnant. Bien que champions de France, ils ne parviendront  pas à transformer l’occasion de doublé qui s’offraient à eux : les Gones s’inclinent face à Bordeaux en finale de la Coupe de la Ligue (1-0).

Lors de l’été suivant, alors qu’il disposait encore d’un an de contrat, Gérard Houllier va prendre tout le monde de court en demandant au président Aulas de le libérer prématurément. Ce dernier accepte et n’oublie pas de rendre un vibrant hommage, sur le site de l’OL, au plus grand nom qu’il ait réussi à attirer sur le banc de l’OL jusqu’à aujourd’hui : « Depuis quelques temps, Gérard s’interrogeait sur la lourdeur de la tache à l’OL. La saison 2006-2007 restera parmi les plus belles, si ce n’est la plus belle. Un parcours révélateur de la qualité de la saison. Gérard m’a demandé mercredi soir de bien vouloir accepter de le libérer une année avant la fin de son contrat. J’ai donc après réflexion et en pensant à l’avenir, accepter sa demande. Je voudrais donc le remercier ainsi que Patrice Bergues qui lui arrivait en fin de contrat. J’ai travaillé avec Gérard dans un très bon état d’esprit. Je voulais rendre un hommage vibrant à l’entraîneur et à l’homme ». Dans les pas de son président, Houllier met en avant le besoin de faire une pause : « Je ne me sentais pas de rester. J’ai vécu 2 saisons exceptionnelles qui m’ont rappelé ce que j’ai vécu à Liverpool. Je tiens à remercier les supporters, vraiment formidables. C’est uniquement pour raisons personnelles que je pars, pas des raisons de santé. J’ai besoin de faire un break, le point. Je n’irais pas dans un autre club en France et à priori pas, non plus, dans un club étranger. Dans l’immédiat, je vais prendre des vacances. » Et il faudra effectivement attendre trois ans pour le voir s’asseoir de nouveau sur un banc : il prend alors les rênes l’équipe anglaise d’Aston Villa, le temps d’une saison (2010-2011).

Gérard et l’OL : Houllier à jamais

Depuis cette dernière expérience, Gérard Houllier s’est orienté vers une carrière de dirigeant. Directeur sportif du club américain des New York Red Bulls de 2012 à 2016, l’ancien sélectionneur des Bleus ne va finalement pas pouvoir résister à l’appel du président Aulas, avec qui une véritable amitié s’est créée. Alors qu’il avait déjà discrètement conseillé ce dernier concernant le limogeage d’Hubert Fournier en décembre 2015, il fait son retour officiel au club lors de l’été 2016 , avec le titre de « conseiller en matière sportive ». Pour qu’il réussisse dans ces nouvelles fonctions, le président Aulas est tout de même confronté à un défi de taille : faire cohabiter le tandem Houllier-Lacombe, dont les tensions ne datent pas d’hier.

Retour à la période Houllier entraîneur, en décembre 2006. Le coach de l’OL souhaite alors recruter un attaquant supplémentaire lors du mercato hivernal, idée à laquelle s’oppose fermement Bernard Lacombe. Amer, Houllier n’hésite pas à se plaindre publiquement : « Vous savez, ici, je ne suis pas sûr que je pourrais avoir mon mot à dire sur l’acquisition d’une poubelle ». En 2016, c’est à nouveau pour des désaccords liés au recrutement que les deux monstres sacrés s’accrochent par presse interposée. Mécontent de l’influence de Nanard sur Genesio concernant le non-recrutement d’Adebayor, Gérard Houllier n’hésite pas à envoyer l’ancien attaquant de l’OL dans l’armoire à souvenirs sur RMC : « Il n’y a pas de problème avec Bernard. On se connaît depuis longtemps. Je crois qu’il a voulu prendre du recul. Il s’occupe des légendes, des anciens du club. Il a trop d’années au club pour l’écarter ». Bien décidé à ne pas se laisser faire, Lacombe lui avait lui répondu de manière tranchante dans Le Progrès : « Il est plus un professeur d’anglais qu’un footballeur », référence au premier métier de celui qui n’a jamais été footballeur professionnel. Ces enfantillages obligent le président Aulas à intervenir et siffler la fin de la récré. La question de la préférence entre ses deux chouchous lui est tout de même posée. « J’adore Bernard, je vénère Gérard » tentait-il d’apaiser au micro d’OL TV. Avant de lâcher une phrase lourde de sens, lorsqu’on insiste en lui demandant ce qu’il ferait s’il ne devait en garder qu’un : « C’est déjà choisi. Le fait que Gérard soit revenu montre le sens de l’histoire et on n’a pas demandé à Bernard de partir ». Au moment d’annoncer sa retraite en 2019, personne ne semble avoir vraiment retenu Lacombe…

Malgré seulement deux années passées sur le banc de l’OL, Gérard Houllier a donc marqué l’histoire du club à jamais. Lorsque les supporters lyonnais repensent aux glorieuses années 2000, c’est sûrement avec lui qu’ils s’imaginaient le plus soulever la coupe aux grandes oreilles. Si cette soirée arrive un jour, les supporters auront sans doute une pensée émue pour ce Lyonnais de cœur et d’adoption.

Merci Monsieur Houllier.

Crédits photos : Site de l’OL
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