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Analyse

Juninho, le Lyonnais

Premier bilan et perspectives du retour de Juninho à l'Olympique lyonnais

Les adieux avec Gerland avaient été déchirants, les retrouvailles au Groupama stadium ont été d’autant plus belles : dix ans après, Antônio Augusto Ribeiro Reis Junior dit Juninho (44 ans, 44 coup-francs marqués avec l’OL), nouveau directeur sportif depuis cet été, est de retour parmi les siens. Ses joueurs n’ont pas fait le travail à moitié pour célébrer l’ancien numéro 8 lyonnais puisqu’ils ont étrillé Angers (6-0) de manière assez spectaculaire le 16 août lors de la 2ᵉ journée de Ligue 1. Juninho n’est pas le premier Lyonnais des glorieuses années 2000 à occuper une place dans l’organigramme (Sonny Anderson, Cris, Caçapa…), mais aucun retour au club n’avait suscité un tel engouement. Les supporters lyonnais sont en effet enchantés de retrouver le magicien des coup-francs et une personne aux qualités humaines exemplaires, qui fait l’unanimité à Lyon. Mais qui dérange pourtant dans son pays natal. Et si la place du franco-brésilien (ndlr : il a été naturalisé français en 2007) se trouvait définitivement entre Rhône et Saône ?

Presse Sports

Une personnalité qui a toujours fait l’unanimité en France…

« Juni, il a toujours été super gentil avec les supporters, il était vachement accessible. Et en plus, tu sentais que c’était naturel, qu’il ne se forçait pas à faire ça. » se souvient Eric Carrière (joueur de l’OL de 2001 à 2004) lorsque So Foot lui demande de décrire la version joueur du carioca en mai 2017. Il suffit de revisionner les adieux du Brésilien à Gerland en mai 2009 pour s’en convaincre. Le capo des Bad Gones ira jusqu’à se mettre à genoux pour supplier Juninho de rester une saison supplémentaire à l’OL. Il faut dire que l’ancien international (44 sélections) s’est montré fidèle et très constant avec 8 saisons à Lyon. D’ailleurs, le franco-brésilien ne s’en cache pas : c’est dans l’Hexagone qu’il a découvert l’amour du maillot. « J’ai vu le plus jeune joueur de mon club recevoir des propositions pour gagner le double de son salaire dans un autre club et refuser parce qu’il jouait dans le club de sa ville et qu’il ne voulait pas en partir. Et moi je ne le comprenais pas. Je regardais uniquement le côté financier. C’était ma mentalité » avoue-t-il au journal espagnol El País en mai 2018. Ouvert d’esprit, le nouveau « Juni » se transforme en meneur d’hommes haïssant la défaite : « un compétiteur hors norme […] quitte à être parfois un peu mauvais joueur » rigole Jérémie Bréchet (formé à l’OL, parti en 2003) dans So Foot. Car si le Juninho joueur régale, l’homme force le respect. « Quand il fallait prendre ses responsabilités pour défendre le groupe face à l’entraîneur, régler des problèmes d’équipe, il s’en chargeait » rappelle Rémy Vercoutre (lyonnais de 2002 à 2014) également interrogé par So Foot. Alors Lyonnais depuis seulement deux ans, l’ex-meilleur joueur de Ligue 1 (2006) ne s’était pas fait prier pour enfiler le costume de leader d’équipe, laissé vacant par Sonny Anderson (autre idole brésilienne de l’OL partie en 2003). « Ça n’était pas un aboyeur, mais quand il disait des choses, c’était toujours bien pesé » résume, toujours dans So Foot, Gérard Houllier (entraîneur des Gones de 2005 à 2007). Une parole sensée beaucoup moins appréciée de l’autre côté de l’Atlantique.

…mais qui dérange au Brésil

Devenu consultant pour la principale chaîne de télévision brésilienne Globo à sa retraite, Juninho comptait utiliser cette vitrine médiatique pour importer certains préceptes appris par l’homme qu’il est devenu en France. Dans un premier temps, le natif de Recife a souhaité pointer du doigt les « setoristas » (ndlr : journalistes brésiliens couvrant l’actualité d’un seul club), qu’il juge partiaux et incompétents. Celui qui voulait dénoncer pour faire avancer le football brésilien se retrouve condamné publiquement par son employeur. En plus de se sentir censuré, les relations avec ses collègues se dégradent nettement. « Je me suis beaucoup bagarré avec les trois principaux présentateurs et le reporter principal de la maison. Gros conflits, discussions lourdes, doigts pointés aux visages, tout cela lors des réunions. Il n’y avait rien à faire. Je voulais donner mon opinion mais eux ne voulaient pas l’accepter » raconte amèrement Juninho au journal El País. Le point de non-retour va être atteint en février 2018. Le futur directeur sportif de l’OL déplore en direct une célébration déplacée de Vinícius Junior, alors joueur de Flamengo, contre les supporters de Botafogo, l’ennemi juré. Les fans du club rouge et noir vont jusqu’à menacer de mort le 5ᵉ meilleur buteur de l’histoire de l’OL (100 buts). Il claque alors la porte de Globo après la Coupe du monde 2018 et décide de s’installer aux États-Unis afin d’assurer la sécurité de sa famille. Traumatisé par cet épisode, le Brésilien choisit de mettre le ballon rond entre parenthèses pour une durée indéterminée. « Après avoir quitté Globo, je me suis demandé ce que j’allais faire. Je n’ai pas encore trouvé. Mais je ne me sens pas prêt à revenir dans le football » se confiait-il à El País il y a un peu plus d’un an. Cette dernière information permet de prendre la mesure de l’exploit réalisé par Jean-Michel Aulas : il a su trouver les mots pour convaincre son ancien poulain de reprendre du service sur un poste très exposé.

Le futur président de l’OL ?

« Sur le plan football, Juninho, c’est presque mon fils » confiait le président de l’OL au micro de Team Duga sur RMC. L’introduction d’un directeur sportif dans l’organigramme lyonnais correspondant également à une volonté de prise de recul de JMA, « Juni » semble parti pour s’installer à Lyon sur la durée. Celui qui a signé un CDI à l’OL a par ailleurs noué des liens éternels avec la cité rhodanienne : deux de ses trois filles y sont nées. Il arbore aussi sur l’avant-bras un tatouage remarqué par les supporters lyonnais lors de sa présentation à la presse avec Sylvinho : un lion vêtu d’une écharpe rouge et bleu. Grand-père depuis peu, Juninho n’est pas réputé pour sa bougeotte. Ses anciens coéquipiers le décrivent même comme plutôt casanier. Tout semble donc réuni pour que son mariage avec Lyon s’avère épanouissant à long terme. De là à l’imaginer comme président de l’OL lorsque Jean-Michel Aulas prendra définitivement sa retraite, il n’y a qu’un pas.

Juninho pose avec le dernier numéro de Planète Lyon actuellement en kiosques et dont il fait la couverture.

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