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Analyse

Nouvel état d’esprit à l’OL : l’effet Sylvinho ?

"Il y a des choses qui se passent entre nous dans le vestiaire, c'est positif. On avait peut-être plus de talent sur les années précédentes, mais on a manqué de quelque chose sur l'état d'esprit", avouait Lucas Tousart au micro de Canal+ vendredi soir, après avoir inscrit le troisième but d’un "nouvel" OL, facile vainqueur à Monaco (3-0) pour la 1ère journée de Ligue 1 (ndlr : Dembelé et Depay sont les autres buteurs). Pour beaucoup, voici le principal apport de la paire Juninho-Sylvinho, arrivée cet été à Lyon : l’état d’esprit. Les experts du foot, tout comme certains joueurs de l’OL (Depay), estiment que la vision du football prônée par la paire auriverde permet aux Lyonnais de se comporter comme une équipe soudée, sous-entendant que ce n’était pas le cas sous Genesio. Même si le match à Monaco a été maîtrisé de bout en bout, tirer des conclusions sur la solidité du collectif lyonnais après un seul match officiel semble bien précipité.

Les années Genesio : défiance à tous les étages

En plein réveillon 2015, Bruno Genesio, alors adjoint, est choisi pour remplacer un Hubert Fournier dont le discours ne passe plus, à la tête de l’équipe première. Instantanément, ce qui aurait dû être un joli cadeau pour le natif de Lyon se transforme en traquenard : deux jours après sa nomination, quelques fans lyonnais n’hésitent pas à faire circuler une pétition en ligne dont l’objectif est la nomination immédiate d’un entraîneur au CV plus appétissant. Avant même d’avoir pu faire ses preuves, Bruno Genesio subit donc la défiance de ses propres supporters. Et il devra faire avec tout le long de son mandat. Ambiance. Sous Genesio, et notamment l’an dernier, les Lyonnais avaient la fâcheuse tendance à laisser filer des résultats face à des équipes de niveau a priori inférieur. Le parcours en phase de poules de C1 2018-2019 va dans ce sens : face à Hoffenheim (à l’aller et au retour) ou sur le terrain du Shakhtar Donetsk, les Gones ont laissé filer de précieux points après avoir mené au score à plusieurs reprises. Ces scénarios se produisant également en Championnat, l’OL de Genesio acquiert la réputation d’une équipe combative face aux forts (victorieuse du PSG et sur le terrain de City notamment) et sans envie face aux adversaires réputés plus faibles. Faire du coach lyonnais l’unique responsable des sautes de concentration de son équipe serait réducteur : à plusieurs reprises, certains joueurs ont été pointés du doigt pour leurs comportements. Il y a d’abord Tanguy Ndombele, égratigné publiquement par Jean-Michel Aulas en février, après une défaite à Monaco (0-2), enterrant presque tout espoir de deuxième place : “Certains joueurs sont très en-dessous de leur potentiel. Ceux qui pensent pouvoir réaliser de gros transferts en fin d’année se trompent. Il faut moins parler et donner beaucoup plus” déplorait le président lyonnais, même si la vente lucrative de l’ancien Amiénois a bien eu lieu lors de ce mercato estival (70 M€ à Tottenham). Puis, on pense surtout à Memphis Depay, dont les relations avec Genesio étaient complexes. On se souvient notamment de la sortie surréaliste de l’ancien coach lyonnais en octobre 2018, relayée par RMC Sport, devant l’ensemble de ses coéquipiers: “Je veux m’excuser, Memphis”, aurait ironisé Genesio. “Je m’excuse pour tous tes retards, notamment à la reprise cet été (il était rentré de vacances une semaine après la date fixée par son club), je m’excuse pour les équipements que tu portes qui ne sont pas ceux du club, je m’excuse pour ton échauffement à Angers (il s’était ostensiblement assis sur un ballon puis sur le banc), ton retard et ton manque d’implication. […] Memphis, pour avoir une belle carrière, il faut de l’humilité.” Si ces propos rapportés définissent réellement le comportement du Néerlandais, cela pose effectivement question. En revanche, dire que Bruno Genesio ne cherchait pas de moyens pour piquer au vif les moins impliqués devient donc facétieux.

Presse Sports

L’arrivée de Juninho et Sylvinho : expérience et respect

Le 9 août 2019, L’Équipe demandait justement à Depay quelle était l’ampleur du changement depuis l’arrivée de Juninho et Sylvinho à Lyon. Et la réponse de l’ancien joueur de Manchester United fut sans appel : “Ces deux dernières saisons, on faisait surtout des différences individuelles, il y avait toujours un joueur pour nous sauver. Mais si vous formez une vraie équipe, avec des règles, du respect, de la confiance, vous pouvez tout espérer. Le changement était nécessaire, j’ai une impression de fraîcheur et c’était ce qu’il nous fallait” se réjouissait un Memphis ayant peut-être finalement pris acte des remontrances de son ancien coach. Quoi qu’il en soit, les suiveurs de l’OL sont quasiment unanimes : Sylvinho et Juninho apporteraient une nouvelle manière de penser à Lyon et les résultats devraient en découler assez rapidement. Comme s’il s’agissait d’une prophétie autoréalisatrice, le tandem brésilien répète à l’envi combien il est important de se comporter comme une équipe soudée. “J’ai bien aimé l’état d’esprit du groupe. On a été intelligents et on est restés ensemble” déclarait par exemple l’ancienne idole de Gerland vendredi soir. “Juni” souhaite d’ailleurs que cette unité affichée s’étende jusqu’aux tribunes lyonnaises : “Je demande aux supporters de créer une ambiance. On a un très beau stade, il faut que les adversaires soient tout de suite sous pression. On doit jouer pour gagner chaque fois chez nous, il faut que les adversaires le sentent.” Bénéficiant de l’immunité grâce à son passé radieux de joueur au club, le Brésilien ne souhaite pas laisser le poison de la défiance s’installer de nouveau dans les travées du Groupama stadium. Une équipe qui se veut soudée se doit d’évoluer dans une atmosphère favorable.

Rendez-vous en novembre

Ce que traduit le second souffle ressenti par beaucoup de supporters lyonnais avec l’arrivée du duo brésilien est surtout dû au contexte de cycle nouveau dans lequel évolue le club actuellement. Le départ coûte que coûte de Nabil Fekir cet été démontre que l’OL a clos le chapitre Genesio avec une certaine lassitude. Après 3 ans et demi en tant que numéro 1, et dans une atmosphère tendue, le besoin de changement à Lyon se faisait ressentir. En revanche, en conclure que Bruno Genesio n’était pas capable de fédérer son groupe est très aléatoire. Dans la difficulté, nombreux furent les joueurs lyonnais (Morel, Tousart, Fekir…) à prendre la parole pour défendre leur entraîneur décrié. De plus, difficile de reprocher au meilleur ami de Rémi Garde l’implication en dents de scie de ses leaders techniques. A la recherche d’un capitaine pour cette nouvelle saison, Sylvinho se heurte également au leadership trop timide de ses joueurs. Il se retrouve dans l’obligation d’étudier le comportement des siens dans les moments difficiles pour repérer les plus opiniâtres. Les Lyonnais ont certes débuté leur saison 2019-2020 sur les chapeaux de roue, mais ils affrontaient un bien faible adversaire monégasque. Faire de Sylvinho un coach ayant le pouvoir de faire intégrer à ses joueurs la nécessité de répéter les efforts est trop hâtif. Ce genre de conclusion se tire en novembre : l’équipe joue alors un match tous les trois jours et certaines langues commencent à tirer.

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